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Envoyer tout le monde à la même session de découverte de l’IA générative est une manière courante de former, et rarement la plus efficace. Un directeur financier, un chef d’équipe et une assistante commerciale n’ont ni les mêmes questions ni les mêmes décisions à prendre. Un plan de formation IA répartit les contenus selon ce que chacun aura à faire : décider, encadrer, pratiquer, accompagner. Cet article propose une architecture en cinq niveaux, une méthode pour la construire et un calendrier sur douze mois.
Il prolonge notre article sur la conduite du changement IA et s’appuie sur AI Act et plan de formation, qui traite l’obligation de maîtrise de l’IA. Ici, nous parlons de la construction du parcours de formation IA, dans le cadre posé par notre guide stratégie IA en entreprise.
En bref
Les chiffres de l’Apec décrivent une formation qui progresse sans encore viser juste. Son enquête de mars 2026 auprès de 2 000 cadres relève que 29 % d’entre eux déclarent avoir été formés à l’IA, contre 24 % un an plus tôt, « mais davantage pour des formations généralistes que pour des formations métier ». Dans le même temps, 66 % estiment que la maîtrise de ces outils sera une compétence importante pour exercer leur métier. Du côté des employeurs, les grandes entreprises sont les plus actives : 37 % ont déployé des formations, contre 20 % en 2025.
La demande existe, l’offre interne arrive, et elle prend souvent la forme la plus simple à organiser : une présentation générale, la même pour tous. Elle donne un vocabulaire. Elle change peu les pratiques.
La Commission européenne va dans le sens d’une formation différenciée. Dans ses questions et réponses sur la maîtrise de l’IA, elle indique que les entreprises devraient au moins assurer une compréhension générale de l’IA dans l’organisation, et tenir compte de leur rôle, des risques des systèmes utilisés, ainsi que des connaissances, de l’expérience et du contexte d’utilisation des personnes concernées. Elle ajoute que le simple fait de s’appuyer sur les instructions d’utilisation des systèmes, ou de demander au personnel de les lire, pourrait être inefficace.
Le droit du travail fournit le cadre général. L’article L. 6321-1 du Code du travail dispose que l’employeur « assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail » et « veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi », au regard entre autres de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations. Un outil qui modifie la façon de rédiger, d’analyser et de chercher entre dans ce champ.
Un plan répond à trois questions qu’une session isolée laisse de côté : qui doit savoir quoi, dans quel ordre, et comment vérifier que cela sert.
Tout le monde suit le premier niveau. Les quatre autres s’y ajoutent selon le rôle. Les durées indiquées sont des repères que nous proposons pour un déploiement d’assistants d’IA générative dans des fonctions de bureau.
| Niveau | Public | Ce que la personne sait faire à la sortie | Durée repère |
|---|---|---|---|
| 1. Socle commun | Tous les salariés | Dire ce qu’est l’IA générative, citer les règles de la maison, reconnaître un usage à risque | 2 heures |
| 2. Utilisateurs métier | Les équipes équipées | Réaliser trois ou quatre tâches de son poste avec l’assistant et vérifier le résultat | 1 jour, puis des ateliers |
| 3. Managers | Les responsables d’équipe | Choisir les tâches à confier à l’outil, fixer les règles de relecture, répondre aux inquiétudes | 1 jour |
| 4. Référents et fonctions expertes | Référents IA, DPO, informatique, RH, juridique | Aider un collègue, instruire un cas d’usage, contrôler sa conformité | 2 jours |
| 5. Direction | Comité de direction, comité IA | Arbitrer des priorités, lire un calcul de retour sur investissement, décider d’un déploiement | Une demi-journée |
Deux heures, pour tous les salariés, y compris ceux qui n’utiliseront pas l’outil. L’objectif est une compréhension partagée et des réflexes de prudence.
Le contenu tient en quatre blocs : ce qu’est un assistant d’IA générative et pourquoi il peut se tromper avec aplomb, ce que l’entreprise en fait et pourquoi, les règles d’usage et les données à ne jamais saisir, et à qui s’adresser en cas de question. Une démonstration sur un exemple de l’entreprise vaut mieux qu’un historique de l’intelligence artificielle.
Ce niveau peut se faire à distance ou en présence, par groupes d’une vingtaine de personnes. Notre article sur la sensibilisation aux risques de l’IA en détaille le déroulé.
C’est le niveau qui produit les résultats, et celui où une formation généraliste apporte le moins. Une journée, par groupes d’un même métier, sur les documents et les tâches des participants.
À la sortie, chaque personne a réalisé trois ou quatre tâches de son poste avec l’assistant : un compte rendu, une réponse à un client, une synthèse de document, un tableau. Elle sait rédiger une consigne précise, reconnaître une réponse douteuse et la vérifier. Elle repart avec ses propres consignes, enregistrées et réutilisables. Pour le contenu, notre guide du prompt engineering fournit la matière.
La journée ne suffit pas. Deux ateliers d’une heure et demie, à un mois puis à trois mois, servent à partager ce qui fonctionne et à débloquer ce qui résiste. Sans eux, une partie des participants risque de revenir à ses habitudes.
Voici le déroulé type d’une journée de niveau 2, à adapter au métier du groupe.
| Séquence | Durée | Ce que font les participants |
|---|---|---|
| Prise en main | 45 minutes | Ils formulent une première demande sur un document à eux et comparent les résultats |
| Écrire une consigne | 1 h 30 | Ils rédigent, testent et améliorent une consigne pour une tâche de leur poste |
| Vérifier | 1 heure | Ils cherchent les erreurs dans des réponses préparées, puis dans les leurs |
| Trois tâches du métier | 2 h 30 | Ils réalisent trois tâches réelles, seuls puis en binôme |
| Règles et limites | 45 minutes | Ils classent des situations : autorisé, à vérifier, interdit |
| Plan personnel | 30 minutes | Chacun choisit les deux usages qu’il fera dès le lendemain |
La séquence de vérification est souvent la première sacrifiée quand le temps manque. C’est pourtant elle qui évite les erreurs envoyées à un client. Demandez à votre organisme de former vos utilisateurs sur leurs propres documents, avec cette séquence au programme.
Constituez les groupes par métier et par niveau de départ. Un comptable et une chargée de communication n’ont pas les mêmes tâches, et mêler débutants et utilisateurs quotidiens ennuie les uns et expose les autres.
Un manager n’a pas besoin d’être le meilleur utilisateur de son équipe. Il doit savoir ce que l’outil fait bien et mal, pour décider de ce qu’on lui confie.
La journée couvre quatre sujets : choisir les tâches et écarter celles qui ne s’y prêtent pas, fixer qui relit quoi, répondre aux questions sur l’emploi et sur la surveillance, et suivre l’usage de l’équipe sans contrôler les individus. Les managers pratiquent eux-mêmes pendant cette journée, sur une version courte du niveau 2, pour parler de ce qu’ils ont essayé.
Ce niveau passe avant celui des utilisateurs dans le calendrier. Un manager qui découvre l’outil en même temps que son équipe ne peut ni l’encadrer ni la rassurer.
Deux publics partagent ce niveau, avec un tronc commun et des modules distincts.
Les référents IA apprennent à aider : diagnostiquer pourquoi une consigne ne donne rien, transmettre une méthode, faire remonter un cas d’usage qui ne prend pas. Leur formation comporte une part de pédagogie, car bien utiliser un outil et savoir l’expliquer sont deux compétences différentes.
Les fonctions expertes (DPO, informatique, ressources humaines, juridique) apprennent à instruire et à contrôler : évaluer un outil avant son achat, classer un cas d’usage par niveau de risque, vérifier le traitement des données, préparer la consultation des représentants du personnel. L’enquête sur le métier de DPO publiée par la CNIL le 3 juillet 2026 montre que le besoin est réel : 85 % des DPO n’ont pas encore suivi de formation spécifique sur l’IA (CNIL).
Une demi-journée, pour le comité de direction et les membres du comité IA. C’est court, et cela suffit si le contenu est centré sur la décision.
Trois heures et demie pour quatre questions : que peut-on attendre de l’IA générative dans notre activité, et que ne faut-il pas en attendre ; comment choisir entre des cas d’usage concurrents ; comment lire un calcul de retour sur investissement et ses hypothèses ; quelles obligations pèsent sur l’entreprise. Les dirigeants manipulent l’outil pendant la séance. Un dirigeant qui n’a jamais rédigé une consigne aura du mal à juger ce qu’on lui présente.
Cette session ouvre le plan. La direction fixe les règles et les priorités avant que les accès ne soient distribués.
1. Partir des cas d’usage. Le plan de formation découle de la liste des cas retenus, pas du catalogue d’un organisme. Si l’entreprise a cartographié ses cas d’usage IA, chaque fiche désigne les personnes concernées et les tâches à maîtriser.
2. Recenser les publics. Comptez les personnes par niveau : combien d’utilisateurs dans les services équipés cette année, combien de managers, combien de référents. Ce décompte donne le volume d’heures.
3. Écrire des objectifs observables. « Comprendre l’IA » ne se vérifie pas. « Rédiger un compte rendu de réunion à partir de ses notes en moins de quinze minutes, relecture comprise » se vérifie. Un objectif par niveau et par métier suffit.
4. Choisir les formats. Le socle commun supporte la distance. Les niveaux 2 à 4 demandent de la pratique encadrée, en salle ou en classe virtuelle par petits groupes. Les modules en ligne suivis seul devant son écran conviennent aux rappels, rarement à l’apprentissage d’un geste professionnel.
5. Planifier sur douze mois. Direction et managers d’abord, puis le socle et les premiers utilisateurs, puis les référents et la deuxième vague.
6. Tracer. Qui a suivi quoi, quand, avec quel résultat. Ce registre sert au pilotage et à la conformité.
Prévoyez dès le départ les nouveaux arrivants. Un socle commun enregistré et une session de niveau 2 par trimestre évitent que les embauches de l’année restent à l’écart.
Trois acteurs se partagent le travail, et le plan échoue quand l’un d’eux manque.
Les ressources humaines tiennent le plan : elles l’inscrivent dans le plan de développement des compétences, organisent les sessions, gèrent le financement et tiennent le registre. Elles associent les représentants du personnel, qui sont consultés sur la formation dans les entreprises concernées.
Le responsable IA, ou la personne qui tient ce rôle, fournit le contenu : la liste des cas d’usage, les publics, les objectifs par métier. Sans lui, les ressources humaines achètent une formation générale, faute de savoir ce que les équipes auront à faire.
Les managers libèrent le temps et choisissent les participants. Une formation programmée en période de clôture ou de forte activité se vide. Convenez des dates avec eux avant de les publier.
Le comité IA valide le plan une fois par an et suit deux chiffres chaque trimestre : la part des personnes formées par niveau, et la part de celles qui utilisent l’outil un mois après.
Un exemple donne l’ordre de grandeur. Prenons une entreprise de 120 salariés qui équipe la moitié de ses effectifs la première année. Les chiffres sont illustratifs.
| Niveau | Personnes | Durée | Heures |
|---|---|---|---|
| 1. Socle commun | 120 | 2 heures | 240 |
| 2. Utilisateurs métier | 60 | 7 heures | 420 |
| 3. Managers | 15 | 7 heures | 105 |
| 4. Référents et fonctions expertes | 8 | 14 heures | 112 |
| 5. Direction | 6 | 3 heures 30 | 21 |
| Total | 898 |
Cela représente 898 heures de formation, soit environ 7 heures et demie par salarié en moyenne, ateliers de suivi non compris. Les utilisateurs métier concentrent près de la moitié du volume. C’est là que se joue le résultat, et c’est le poste qu’il ne faut pas réduire quand le budget se resserre.
Ces heures entrent dans le plan de développement des compétences de l’entreprise, que mentionne l’article L. 6321-1 du Code du travail. Les possibilités de prise en charge dépendent de votre opérateur de compétences, de votre branche et de la taille de l’entreprise : notre article sur le financement OPCO d’une formation IA fait le point. Vérifiez les conditions en vigueur auprès de votre opérateur avant d’arrêter le budget.
Le coût le plus lourd ne figure sur aucune facture : c’est le temps que les salariés ne passent pas à produire. Dans l’exemple de notre article sur le ROI de l’IA générative, il dépasse le prix de la formation elle-même.
Dans une structure de vingt personnes, les cinq niveaux se ramènent à trois temps. Le dirigeant et ses deux ou trois responsables suivent ensemble une demi-journée qui mêle les niveaux 3 et 5 : ce que l’on attend de l’outil, les règles, les tâches visées. Toute l’équipe suit ensuite le socle commun, en une séance de deux heures. Les personnes concernées par le premier cas d’usage suivent enfin une journée de pratique.
Le rôle de référent revient à la personne la plus à l’aise, à qui l’on dégage une heure par semaine. Le registre tient dans un tableau de quelques lignes. L’ordre, lui, ne change pas : ceux qui décident d’abord, la pratique sur les tâches réelles ensuite.
Quatre niveaux de vérification, du plus facile au plus utile.
La présence et la satisfaction se mesurent à chaud. Elles disent si la session s’est bien passée, rien de plus.
Les acquis se vérifient par un exercice en fin de séance : chaque participant réalise une tâche de son poste devant le formateur. Un questionnaire à choix multiples sur le vocabulaire de l’IA n’apprend rien d’utile.
L’usage se regarde à trente jours : quelle part des personnes formées utilise l’outil chaque semaine, pour quelles tâches. Un usage faible un mois après renvoie à la formation, au manager ou au choix du cas d’usage.
Le résultat se mesure à trois mois, sur l’indicateur du cas d’usage : délai, temps par tâche, taux de reprise. C’est la seule mesure qui intéresse la direction.
L’article 4 du règlement européen sur l’IA, entré en application le 2 février 2025, demande aux entreprises de prendre des mesures pour assurer la maîtrise de l’IA de leur personnel. Le texte a été retouché par le règlement omnibus numérique à l’été 2026 : notre article AI Act et plan de formation détaille ce qui a changé.
Sur la preuve, la Commission européenne est explicite dans ses questions et réponses : « Il n’est pas nécessaire d’obtenir un certificat. Les organisations peuvent tenir un registre interne des formations et/ou autres initiatives d’orientation. »
Tenez donc un registre simple : une ligne par personne, les niveaux suivis, les dates, l’organisme ou le formateur interne, le résultat de l’exercice final. Ajoutez-y les autres actions, comme la diffusion de la charte ou les ateliers de suivi. Ce document suffit à montrer ce qui a été fait.
Une certification garde son intérêt pour les personnes, les référents en particulier, qui peuvent valoriser une compétence. Notre article sur la certification RS6776 en présente une. Elle ne remplace pas le plan.
Trop technique pour les uns, trop générale pour les autres. Chacun en retient qu’il faudrait se former sérieusement.
Une formation suivie trois mois avant l’arrivée de l’outil est oubliée le jour venu. Visez les deux semaines qui encadrent l’ouverture des accès.
Les équipes reviennent de formation avec des idées, et leur responsable ne sait pas quoi en faire.
Suivis seul, ils entraînent mal le geste professionnel. Gardez-les pour le socle commun et les rappels.
Les outils changent, les salariés aussi. Un plan de formation IA se révise chaque année, avec un socle mis à jour et des ateliers pour ceux qui ont déjà été formés.
C’est le document qui organise la montée en compétence de l’entreprise sur l’IA : quels publics, quels objectifs, quels formats, quel calendrier, quel budget et quelle évaluation. Il se distingue d’une suite de sessions par sa logique d’ensemble. Chaque public reçoit ce dont il a besoin pour son rôle, dans un ordre réfléchi, et les résultats sont suivis. Il s’intègre au plan de développement des compétences de l’entreprise.
Tous reçoivent le socle commun, y compris ceux qui n’utiliseront pas l’outil, parce que tous doivent connaître les règles et les risques. Les niveaux suivants ne concernent que les personnes dont le rôle le justifie. Former tout le monde à la pratique avancée coûte cher et laisse peu de traces chez ceux qui n’ont pas de tâche à confier à l’outil.
Comptez deux heures pour le socle commun et une journée pour un utilisateur métier, suivie de deux ateliers d’une heure et demie à un mois et à trois mois. Un manager y ajoute une journée, un référent deux jours. Ces durées sont des repères pour des assistants d’IA générative dans des fonctions de bureau. Elles s’allongent pour des usages spécialisés.
Par la direction, puis par les managers. La direction fixe les règles et les priorités, les managers doivent pouvoir encadrer leurs équipes dès le premier jour. Viennent ensuite le socle commun et les utilisateurs des services prioritaires, puis les référents. Commencer par les utilisateurs produit des équipes formées dans une entreprise qui n’a pas encore décidé de ce qu’elle autorise.
Les deux se combinent. Un organisme apporte la méthode, le recul sur les outils et la pédagogie, en particulier pour la direction, les managers et la première vague d’utilisateurs. Les référents internes prennent ensuite le relais pour les ateliers de suivi et les nouveaux arrivants. Si vous faites appel à un organisme, demandez une formation construite sur vos cas d’usage et vos documents, pas un programme standard.
Par un registre interne : qui a suivi quoi, quand, avec quel résultat. La Commission européenne précise qu’aucun certificat n’est nécessaire au titre de la maîtrise de l’IA et qu’un registre interne des formations et des autres initiatives peut être tenu. Conservez les programmes, les feuilles de présence et les exercices de fin de séance.
Raisonnez en heures avant de raisonner en euros. Dans notre exemple d’une entreprise de 120 salariés équipant la moitié de ses effectifs, le plan représente environ 900 heures la première année, soit 7 heures et demie par salarié en moyenne. Le coût dépend ensuite du recours à un organisme, des formats retenus et des prises en charge possibles, à vérifier auprès de votre opérateur de compétences.
Les cadres sont de plus en plus nombreux à être formés à l’IA, et l’Apec note que ces formations restent plus généralistes que tournées vers le métier. Un plan corrige ce défaut par sa construction : un socle pour tous, puis des contenus différents pour ceux qui pratiquent, ceux qui encadrent, ceux qui accompagnent et ceux qui décident. Notre conviction : la journée passée par un utilisateur sur ses propres documents rapporte plus que toutes les présentations générales, à condition que son manager et sa direction aient été formés avant lui. Pour bâtir le vôtre, partez de vos cas d’usage et appuyez-vous sur une formation à l’IA générative conçue par publics.

20 octobre 2026
Intelligence Artificielle – IA


20 octobre 2026
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