Quelles sont les conditions pour être tuteur d’un apprenti ?

Pour être tuteur d’un apprenti, il faut être qualifié et expérimenté dans le métier pour lequel l’apprenti suit sa formation. Il faut également être en mesure de transmettre efficacement ses connaissances, et être prêt à fournir des conseils et un soutien réguliers. Les conditions précises sont fixées par le Code du travail et varient selon le type de contrat — apprentissage ou professionnalisation. Pour replacer ces obligations dans une vue d’ensemble du tutorat, vous pouvez aussi consulter notre article de référence sur le dispositif.

Tuteur, maître d’apprentissage et tuteur de stage : trois statuts juridiques distincts

Avant d’aborder les conditions, clarifions les statuts. Sur le terrain les missions sont quasi identiques, mais juridiquement ce sont trois cadres différents qui n’imposent pas les mêmes obligations.

StatutType de contratRéférence Code du travailConditions de qualification
Maître d’apprentissageContrat d’apprentissageArticles L. 6223-1 à L. 6223-8Diplôme + 1 an d’expérience, ou 2 ans d’expérience + qualification dans le métier
TuteurContrat de professionnalisationArticles L. 6325-3-1 et suivants2 ans d’expérience minimum dans le domaine
Tuteur de stageConvention de stageArticle L. 124-9Pas d’exigence de diplôme spécifique

Dans la suite de cet article, nous utilisons le terme « tuteur » au sens large pour désigner toute personne accompagnant un apprenant en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Pour une description détaillée du rôle, consultez notre article sur la définition du tuteur en entreprise.

Qui peut être tuteur contrat d’apprentissage ?

La fonction de maître d’apprentissage peut être exercée par différentes personnes :

  • L’employeur lui-même, s’il répond aux critères de qualification et d’expérience
  • Un employé désigné par l’employeur
  • Une équipe tutorale, où plusieurs employés partagent la fonction. Dans ce cas, un « maître d’apprentissage référent » est nommé pour coordonner l’équipe et maintenir une communication fluide avec le centre de formation d’apprentis (CFA)

Le maître d’apprentissage doit être volontaire — c’est une condition souvent oubliée mais essentielle à la réussite de la mission. Un maître d’apprentissage désigné contre son gré donne rarement de bons résultats.

Quelles conditions et quel diplôme pour être maitre d’apprentissage ?

Les critères de qualification peuvent être remplis de trois façons différentes prévues par le Code du travail. Il suffit d’en valider une seule.

Voie 1 — Diplôme + expérience

Le candidat est titulaire d’un diplôme ou d’un titre professionnel dans le même domaine que celui préparé par l’apprenti, et justifie d’au moins deux années d’expérience professionnelle pertinente.

C’est la voie la plus courante. Elle suppose une cohérence entre le métier exercé par le maître d’apprentissage et la formation suivie par l’apprenti.

Voie 2 — Expérience seule (3 ans)

Le candidat a exercé une activité professionnelle en rapport avec la qualification visée pendant au moins trois ans, avec un niveau de qualification minimal déterminé par la commission départementale de l’emploi et de l’insertion.

Cette voie est utile pour les professionnels qui n’ont pas de diplôme dans le domaine mais qui ont une vraie expertise terrain.

Voie 3 — Expérience avec avis d’autorité (3 ans)

Le candidat dispose d’une expérience professionnelle de trois ans en relation avec le diplôme préparé, avec avis favorable du recteur, du directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, ou du directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, selon le secteur concerné.

Si aucune réponse n’est donnée dans un délai d’un mois à compter de la saisine de l’autorité compétente, l’avis est considéré comme favorable.

Important : ce qui ne compte pas dans l’expérience

Les stages et les périodes de formation en milieu professionnel dans le cadre d’une formation initiale ou continue qualifiante ne sont pas pris en compte pour le calcul de l’expérience requise. Seules comptent les périodes de salariat ou d’activité professionnelle effective.

Qui peut encadrer un alternant dans un contrat de professionnalisation ?

Le tuteur d’un alternant en contrat de professionnalisation doit satisfaire à quatre exigences cumulatives :

  • Être un employé de l’entreprise qui emploie le salarié en contrat
  • Avoir choisi de devenir tuteur (volontariat)
  • Justifier d’au moins deux années d’expérience dans le domaine de qualification visé par le contrat
  • Avoir été désigné formellement par l’employeur

L’employeur peut aussi faire office de tuteur s’il répond aux critères de qualification et d’expérience.

La fonction du tuteur est de guider, aider, informer et accompagner le salarié tout au long de sa période de professionnalisation. Pour cela, le tuteur doit organiser son travail avec les autres salariés concernés, contribuer à la formation professionnelle du salarié, respecter son emploi du temps et assurer la liaison avec le service ou l’organisme de formation. Le tuteur est également impliqué dans l’évaluation de la formation avec l’aide de l’établissement de formation.

Combien d’apprentis ou d’alternants par tuteur ?

Les limites légales sont strictes :

  • Tuteur salarié : 3 personnes maximum simultanément (apprentis, alternants ou salariés en contrat de pro confondus)
  • Maître d’apprentissage salarié : 2 apprentis maximum (+ 1 redoublant exceptionnellement)
  • Employeur-tuteur : 2 personnes maximum

Pour les détails et les cas particuliers — notamment le redoublement, l’accumulation stages + apprentis, les obligations de présence — consultez notre article dédié : combien d’apprentis ou d’alternants par tuteur.

Existe-t-il une obligation de formation pour le tuteur ?

La formation au tutorat n’est pas légalement obligatoire pour exercer la fonction. En revanche :

  • Certaines branches professionnelles la rendent obligatoire via leurs accords de branche (notamment dans le BTP, la métallurgie, la propreté)
  • Beaucoup d’OPCO financent la formation à 100 % et l’encouragent fortement
  • L’expérience montre qu’un tuteur formé réduit significativement les ruptures de contrat et améliore la qualité de l’accompagnement

Pour structurer cette montée en compétences, vous pouvez vous appuyer sur notre formation tuteur certifiante RS5515, reconnue par l’État, prise en charge par les OPCO et éligible à toutes les obligations de branches.

Le tuteur perçoit-il une rémunération spécifique ?

Oui, dans la plupart des cas, une prime tutorale est versée par l’OPCO ou par l’employeur. Le montant et les conditions varient selon :

  • La branche professionnelle et la convention collective
  • L’OPCO dont dépend l’entreprise
  • Le statut (privé ou public — la fonction publique d’État verse une prime forfaitaire annuelle de 500 €)
  • Le type de contrat (apprentissage ou professionnalisation)

Pour les modalités précises, le calcul, et la procédure de demande à votre OPCO, consultez notre article dédié à la prime tutorale OPCO.

Comment formaliser la désignation du tuteur ?

La désignation du tuteur se fait au moment de la signature du contrat (Cerfa FA13 pour l’apprentissage, formulaire EJ20 pour le contrat de professionnalisation). L’identité du tuteur, sa fonction et ses qualifications doivent y figurer.

Quelques bonnes pratiques pour sécuriser la désignation :

  • Rédigez une lettre de mission interne précisant le rôle du tuteur, le temps consacré, les objectifs pédagogiques et les modalités d’évaluation
  • Vérifiez les pièces justificatives : copie du diplôme du tuteur, attestation d’expérience, éventuellement avis d’autorité pour la voie 3
  • Notifiez le CFA ou l’organisme de formation de l’identité du tuteur dès la signature
  • Anticipez la continuité : prévoyez un tuteur de remplacement en cas d’absence longue ou de départ. Pour préparer concrètement l’accueil de l’apprenti, consultez notre guide embaucher un apprenti étape par étape.

Quel est le rôle du tuteur pédagogique au CFA ?

À ne pas confondre avec le maître d’apprentissage en entreprise, le tuteur pédagogique au sein d’un Centre de Formation d’Apprentis accompagne et soutient les apprentis dans leur parcours de formation théorique.

Contrairement au tuteur en entreprise qui guide et évalue l’apprenti dans le cadre de sa formation pratique, le tuteur pédagogique intervient sur les enseignements dispensés au CFA. Il est chargé de :

  • Accueillir les apprentis et les informer sur le fonctionnement du CFA
  • Assister les apprentis dans leur choix de parcours et leur projet professionnel
  • Animer des séances de formation
  • Participer à l’évolution du contenu de formation
  • Évaluer régulièrement les apprentis pour vérifier leur progression
  • Conseiller les apprentis sur les méthodes de travail et les techniques d’apprentissage
  • Assurer le suivi administratif des apprentis

Le tuteur pédagogique est donc un interlocuteur privilégié pour les apprentis au CFA. Avec le maître d’apprentissage en entreprise, il forme la relation triangulaire indispensable à la réussite de l’alternance.

Cas particuliers et exceptions

L’employeur peut-il être lui-même tuteur ?

Oui, à condition de répondre personnellement aux critères de qualification et d’expérience. Dans ce cas, le nombre d’apprentis qu’il encadre est limité à deux maximum.

Faut-il être en CDI pour être tuteur ?

Non, le statut du contrat du tuteur n’est pas une condition légale. Un salarié en CDD peut techniquement être tuteur, mais l’idéal reste un CDI ou un CDD couvrant l’intégralité de la durée du contrat de l’apprenti — pour assurer la continuité de l’accompagnement.

Que se passe-t-il si le tuteur quitte l’entreprise en cours de contrat ?

L’employeur doit désigner un nouveau tuteur répondant aux conditions légales et notifier le changement au CFA et à l’OPCO. Une période de transition entre les deux tuteurs est fortement recommandée pour préserver la dynamique pédagogique.

Peut-on être tuteur de son propre conjoint ou d’un membre de sa famille ?

Aucune disposition légale ne l’interdit explicitement, mais c’est déconseillé : la frontière entre vie professionnelle et vie privée devient difficile à maintenir, et l’évaluation peut perdre en objectivité.

Les conditions changent-elles pour un apprenti adulte (CDI apprentissage, reconversion) ?

Non, les conditions de qualification du maître d’apprentissage restent identiques quel que soit l’âge de l’apprenti. Seul le contrat de l’apprenti varie selon les dispositifs (apprentissage classique, contrat de professionnalisation adulte, Pro-A, etc.).

Faut-il un diplôme pour être tuteur d’un apprenti ?

Pas obligatoirement. Le Code du travail prévoit trois voies pour devenir maître d’apprentissage : avec diplôme + 2 ans d’expérience, ou sans diplôme avec 3 ans d’expérience et avis de la commission départementale, ou avec 3 ans d’expérience et avis favorable d’une autorité (recteur, DRAAF, DRJSCS).

Combien d’années d’expérience faut-il avoir minimum ?

2 ans d’expérience si vous avez un diplôme dans le domaine, ou 3 ans sans diplôme. Les stages et périodes de formation en milieu professionnel ne comptent pas dans le calcul.

Un employeur peut-il être lui-même tuteur ?

Oui, à condition de répondre aux critères de qualification et d’expérience. Le nombre d’apprentis encadrés est alors limité à 2 maximum.

Quelle différence entre maître d’apprentissage et tuteur ?

Les missions sont quasi identiques sur le terrain. La différence est juridique : « maître d’apprentissage » s’applique aux contrats d’apprentissage (articles L. 6223 du Code du travail), « tuteur » aux contrats de professionnalisation (articles L. 6325). Les conditions de qualification sont très proches.

Le tuteur doit-il faire une formation obligatoire ?

Pas systématiquement au niveau national, mais certaines branches professionnelles l’imposent via leurs accords de branche. Même quand elle n’est pas obligatoire, la formation tuteur est très fortement recommandée et financée par les OPCO.

Que se passe-t-il si le tuteur quitte l’entreprise ?

L’employeur doit désigner un nouveau tuteur répondant aux conditions légales et notifier le changement au CFA et à l’OPCO. Une transition organisée entre les deux tuteurs est conseillée.

Pour aller plus loin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *