AGI, un escalier de six niveaux et une courbe de progression en dents de scie

AGI : où en est vraiment l’intelligence artificielle générale ?

AGI, un escalier de six niveaux et une courbe de progression en dents de scie

Le 3 septembre 2026, un modèle d’OpenAI a battu la quasi-totalité des jeux d’ARC-AGI-3 avec l’un des protocoles testés, en utilisant moins d’actions que l’humain médian sur 96 % des niveaux. Or ce test a été conçu précisément pour mesurer ce qui sépare encore les machines de l’intelligence générale. Les organisateurs du test ont aussitôt publié une phrase : « nous n’affirmons pas que c’est une AGI ». Toute la question de l’AGI tient dans cet écart entre un score et un mot. Cet article fait le point, sans prophétie : ce que recouvre le terme, ce que mesurent réellement les tests en 2026, ce que pensent les chercheurs, pourquoi le mot vaut des milliards dans un contrat, et ce qu’une entreprise doit en retenir pour ses décisions.

Il prolonge notre pilier sur l’avenir de l’IA générative d’ici 2030 et s’appuie sur notre guide des modèles de raisonnement, à l’origine de plusieurs des progrès décrits ici.

En bref

Une définition qui n’en est pas une

Le sigle AGI, pour artificial general intelligence ou intelligence artificielle générale, désigne une IA capable de faire à peu près tout ce qu’un humain fait avec son esprit, et de l’apprendre aussi vite. L’idée est simple. Elle devient insaisissable dès qu’il faut la mesurer.

La charte d’OpenAI donne la définition la plus citée : des systèmes hautement autonomes qui surpassent les humains dans la plupart des tâches à valeur économique. Elle a deux mérites, la clarté et l’ancrage économique, et un défaut : elle ne dit ni combien de tâches font « la plupart », ni qui constate le dépassement. La même charte prévoit d’ailleurs qu’OpenAI cesse la compétition et aide un projet concurrent soucieux de sécurité qui approcherait de l’AGI avant lui, ce qui suppose de savoir reconnaître l’approche.

Google DeepMind a tenté de rendre le mot opérationnel. Dans « Levels of AGI », huit chercheurs du laboratoire, dont son cofondateur Shane Legg, proposent de juger un système sur deux axes : la profondeur (à quel niveau de performance) et la largeur (sur quelle variété de tâches). Le tableau de l’article distingue six niveaux, de 0 à 5 : pas d’IA, émergent (égal ou un peu supérieur à un humain non qualifié), compétent (au moins le 50e centile des adultes qualifiés), expert (90e centile), exceptionnel (99e centile, appelé « virtuose » jusqu’à la version de septembre 2025) et surhumain (au-dessus de tous les humains). Dans la colonne « généraliste », les auteurs plaçaient ChatGPT, Gemini ou Llama 2 au niveau émergent, et indiquaient « pas encore atteint » pour tous les niveaux suivants. L’article en est à sa cinquième version, datée de septembre 2025 ; ce classement n’a pas bougé dans le tableau.

Les six niveaux d’AGI selon Google DeepMind Échelle de six niveaux, du niveau 0 au niveau 5, tirée de l’article Levels of AGI de Google DeepMind. Niveau 0, pas d’IA. Niveau 1, émergent : égal ou un peu supérieur à un humain non qualifié ; c’est là que l’article place ChatGPT, Gemini et Llama 2 pour l’intelligence générale. Niveau 2, compétent : au moins le 50e centile des adultes qualifiés. Niveau 3, expert : au moins le 90e centile. Niveau 4, exceptionnel, appelé virtuose avant 2025 : au moins le 99e centile. Niveau 5, surhumain : dépasse tous les humains, c’est la superintelligence. Pour l’intelligence générale, les niveaux 2 à 5 sont notés pas encore atteints dans le tableau de l’article. Les six niveaux d’AGI selon Google DeepMind Performance d’un système généraliste, du bas vers le haut. Lecture du tableau de l’article. 5 Surhumain Dépasse 100 % des humains (superintelligence) non atteint (tableau) 4 Exceptionnel Au moins le 99e centile (ex-« virtuose ») non atteint (tableau) 3 Expert Au moins le 90e centile des adultes qualifiés non atteint (tableau) 2 Compétent Au moins le 50e centile des adultes qualifiés non atteint (tableau) 1 Émergent Égal ou un peu meilleur qu’un non-qualifié ChatGPT, Gemini, Llama 2 classés ici dans l’article 0 Pas d’IA Calcul avec un humain dans la boucle La performance seule ne suffit pas : l’article juge aussi la variété des tâches et l’autonomie. Proactive Academy · D’après Morris et al., « Levels of AGI », Google DeepMind (version de septembre 2025).

Le droit européen, lui, évite le mot. Le règlement sur l’IA ne définit pas l’AGI. Il parle de modèles d’IA à usage général et présume qu’un modèle présente un risque systémique quand le calcul utilisé pour son entraînement dépasse 10²⁵ opérations en virgule flottante. C’est une mesure de taille, pas d’intelligence. Notre article sur les obligations des modèles à usage général en détaille les conséquences.

Trois définitions, donc, et aucune qui permette de dire un matin « l’AGI est arrivée ». Retenez-le avant de lire le prochain titre qui l’annonce.

Ce que les tests mesurent en 2026

À défaut de définition, on a des tests. Ils montrent deux choses à la fois : une progression rapide, et une intelligence qui ne ressemble pas à la nôtre.

La progression, d’abord. L’AI Index 2026 de Stanford relève que sur Humanity’s Last Exam, un examen de questions de niveau recherche conçu pour résister aux modèles, la précision est passée de moins de 10 % à 38,3 % en un an. Gemini Deep Think a obtenu 35 points, une médaille d’or, aux Olympiades internationales de mathématiques 2025, en rédigeant ses preuves en langage naturel. Le rapport international sur la sécurité de l’IA publié en février 2026 sous la présidence de Yoshua Bengio ajoute qu’en programmation, des agents réussissent désormais de façon fiable certaines tâches qui prendraient environ une demi-heure à un développeur.

L’irrégularité, ensuite. Le même AI Index cite ClockBench, un test de 720 questions sur 180 cadrans d’horloge. En mars 2026, le meilleur modèle y lisait correctement l’heure 50,6 % du temps, contre 90,1 % pour les humains. Les chercheurs parlent d’intelligence « en dents de scie » (jagged intelligence), et le rapport Bengio reprend le terme : les meilleurs systèmes échouent encore sur des tâches qui semblent simples. Un collègue humain qui démontre un théorème olympique sait lire l’heure. Une IA, pas forcément.

Le cas le plus parlant est celui d’ARC-AGI, la série de tests créée par François Chollet, cofondateur avec Mike Knoop de la fondation ARC Prize. Son principe : des énigmes visuelles qu’un humain résout sans formation particulière, et qui demandent de comprendre une règle nouvelle à partir de quelques exemples. Dans sa deuxième version, chaque tâche a été résolue par au moins deux personnes, en deux essais au plus, lors d’une étude auprès de plus de 400 volontaires. Début 2026, selon l’AI Index, Gemini 3 Deep Think y menait avec 84,6 %, devant Gemini 3.1 Pro à 77,1 % et GPT-5.2 à 72,9 %. L’AI Index précise que, malgré son nom, ce test mesure une forme précise d’abstraction et d’inférence de motifs, pas l’intelligence générale au sens large.

La troisième version change de nature. Elle teste l’apprentissage, plus seulement le raisonnement. Elle place des agents dans des environnements interactifs inconnus, à la manière de petits jeux, et mesure l’efficacité avec laquelle ils apprennent les règles par l’expérience. Un score de 100 % signifie que l’agent bat chaque jeu aussi efficacement qu’un humain. La fondation l’écrit sans détour : tant qu’il existe un écart entre l’apprentissage humain et celui de l’IA, il n’y a pas d’AGI.

Le 3 septembre 2026, l’ARC Prize a publié les résultats de GPT-6 Astra. Avec son protocole standard, le modèle atteint 62,7 % sur le jeu d’évaluation semi-privé, pour environ 26 000 dollars de calcul. Avec un protocole adapté à l’interface du fournisseur, qui conserve l’état de raisonnement du modèle d’une requête à l’autre, il atteint 99,9 %, pour environ 19 000 dollars, et utilise moins d’actions que l’humain médian sur 96 % des niveaux. Sur ARC-AGI-2, la page de résultats du modèle affiche 95,0 % sur le jeu public. La conclusion de la fondation est la phrase citée en ouverture : nous n’affirmons pas que c’est une AGI. Saturer le test, écrit-elle, ne serait pas une preuve d’AGI. Elle rappelle aussi qu’il ne représente ni la complexité ni l’ouverture du monde réel.

Une intelligence en dents de scie Cinq résultats de 2025 et 2026. Olympiades internationales de mathématiques 2025 : médaille d’or, 35 points. ARC-AGI-2, jeu public : 95,0 pour cent pour GPT-6 Astra en septembre 2026. ARC-AGI-3 avec le protocole standard : 62,7 pour cent, où 100 correspond à l’efficacité humaine. Lecture d’horloges à aiguilles, test ClockBench : 50,6 pour cent pour le meilleur modèle en mars 2026, contre 90,1 pour cent pour les humains. Humanity’s Last Exam : 38,3 pour cent pour le meilleur modèle en 2025. Le même système peut exceller sur une tâche difficile et échouer sur une tâche simple. Une intelligence en dents de scie Score du meilleur système sur cinq tests, et repère humain quand la source en donne un. Olympiades de maths 2025 Gemini Deep Think, 35 points Or ARC-AGI-2 (jeu public) GPT-6 Astra, sept. 2026 95,0 % ARC-AGI-3 (protocole standard) GPT-6 Astra, sept. 2026 62,7 % 100 = humain Lire une horloge à aiguilles Meilleur modèle, mars 2026 50,6 % humains 90,1 % Humanity’s Last Exam Meilleur modèle, 2025 38,3 % Trait violet : repère humain donné par la source. Les tests ne mesurent pas tous la même chose. Proactive Academy · AI Index 2026 (Stanford HAI), ARC Prize (septembre 2026).

Voilà le paradoxe de 2026 résumé en un cas : un test conçu pour marquer l’arrivée de l’intelligence générale est presque battu, et ses propres auteurs disent que ça ne prouve pas l’AGI. Ce n’est pas de la mauvaise foi. Chaque test mesure une capacité, et l’intelligence générale est justement ce qui reste quand on les a toutes listées. Notre article sur GPT-6 et Astra décrit le modèle côté usage.

Ce qui manque encore : quatre capacités

Si l’on croise les tests et les rapports cités plus haut, on peut dresser la liste de ce qui sépare les meilleurs systèmes de 2026 d’une intelligence générale. Elle tient en quatre capacités. C’est notre lecture, construite à partir de ces sources, et non une liste officielle.

Apprendre en continu. Un modèle apprend pendant son entraînement, puis il est figé. Il peut s’adapter dans une conversation, garder des notes, mais il ne retient pas durablement ce qu’il découvre en travaillant avec vous. C’est exactement ce que vise ARC-AGI-3 : mesurer l’efficacité avec laquelle un système acquiert une compétence nouvelle par l’expérience. La fondation ARC Prize en fait le critère central, puisqu’elle estime qu’il n’y a pas d’AGI tant que l’apprentissage de l’IA reste en retard sur celui de l’humain.

Comprendre le monde physique. Un modèle de langage a lu une quantité de textes qu’aucun humain ne lira jamais, mais il n’a jamais rien manipulé. C’est l’objection de Yann LeCun, et c’est la raison d’être des modèles du monde qu’il développe : prévoir ce qui se passe quand on agit, avant d’agir. L’échec sur la lecture d’une horloge à aiguilles, un objet physique dont la logique est spatiale, peut en être un symptôme.

Être fiable. Un humain compétent se trompe, mais de façon prévisible : il hésite sur ce qu’il connaît mal. Un modèle peut échouer sur une tâche simple après en avoir réussi une très difficile, sans prévenir. Le rapport Bengio parle de performances « en dents de scie », et c’est ce qui empêche de déléguer sans contrôle. Notre article sur les hallucinations en montre les effets au quotidien.

Tenir dans la durée. Les agents réussissent aujourd’hui des tâches de l’ordre de la demi-heure en programmation, selon le même rapport, qui envisage des tâches de plusieurs jours d’ici 2030 si les tendances se poursuivent. Entre les deux, il y a la planification, la reprise après erreur et la capacité à savoir quand s’arrêter. Tout cela reste fragile.

Aucune de ces quatre lacunes n’est un mur. Les quatre progressent. Mais tant qu’elles existent, un système peut battre l’humain sur un test et rester incapable de prendre en main un poste de travail réel, avec ses imprévus, ses outils et ses collègues. Le rapport Bengio le constate : dans la plupart des métiers complexes, les agents complètent encore les humains plus qu’ils ne les remplacent. C’est la distance que mesure, en creux, la phrase de l’ARC Prize sur la complexité et l’ouverture du monde réel.

Ce que pensent les chercheurs

Les tests disent où l’on en est. Pour savoir où l’on va, on n’a que des avis, et il faut les lire comme tels.

L’une des plus larges enquêtes disponibles a été menée par Katja Grace et six coauteurs auprès de 2 778 chercheurs ayant publié dans les principales conférences d’IA. Ses résultats, publiés en janvier 2024, estiment à 10 % la probabilité que des machines sans aide surpassent les humains dans toutes les tâches possibles d’ici 2027, et à 50 % d’ici 2047. Cette date de 2047 est treize ans plus tôt que dans une enquête similaire menée par la même équipe un an auparavant. Deux lectures sont possibles, et toutes deux sont justes : les chercheurs ont fortement rapproché leurs attentes, et leur estimation agrégée situait encore l’échéance à plus de vingt ans. L’enquête a été publiée avant l’arrivée des modèles de raisonnement ; rien ne dit qu’une édition plus récente donnerait les mêmes dates.

Le rapport international sur la sécurité de l’IA, rédigé par plus de cent experts indépendants avec un groupe consultatif désigné par plus de trente pays et organisations, refuse de trancher. Il souligne une incertitude importante sur la vitesse des progrès futurs, cite des analyses de l’OCDE selon lesquelles la situation de 2030 pourrait aller d’améliorations modestes à des gains rapides, et évoque, parmi ses scénarios, des systèmes égalant ou dépassant la performance cognitive humaine. Il note aussi que, si les tendances se poursuivent, des systèmes pourraient travailler de façon autonome sur des tâches de plusieurs jours d’ici 2030.

Une voix française pèse fort dans ce débat, et elle va contre le courant. Yann LeCun, prix Turing, soutient depuis des années que les grands modèles de langage ne mèneront pas seuls à une intelligence de niveau humain, parce qu’ils ne comprennent pas le monde physique. Après plus de dix ans chez Meta, il a lancé fin 2025 à Paris AMI Labs (Advanced Machine Intelligence), dont il assure la présidence exécutive, pour développer des « modèles du monde » fondés sur l’architecture JEPA, capables d’anticiper les conséquences de leurs actions. Il l’expliquait à Marseille fin septembre 2026, lors de l’événement AIM :

Vidéo tierce (La Tribune Événements, octobre 2026), en français : Yann LeCun présente les modèles du monde et les limites des grands modèles de langage.

Entre l’enquête, le rapport et LeCun, un consensus se dessine sur un point seulement. Personne ne sait. Méfiez-vous de quiconque vous donne une date.

💡 À ne pas confondre avec un agent IA : l’AGI désigne une intelligence générale ; un agent IA est un système qui enchaîne des actions pour accomplir une tâche, aujourd’hui sur un périmètre borné. Les deux se rejoignent dans le débat sur l’autonomie, mais les agents existent déjà et se déploient en entreprise. Ils sont le sujet de notre formation aux agents IA.

Pourquoi le mot vaut des milliards

Si l’AGI est si mal définie, pourquoi tout le monde en parle ? Parce que le mot a des effets concrets, indépendamment de ce qu’il recouvre.

Le premier effet est contractuel. Dans l’accord d’octobre 2025 entre OpenAI et Microsoft, une déclaration d’AGI par OpenAI doit désormais être vérifiée par un panel d’experts indépendants. Les droits de propriété intellectuelle de Microsoft sur les modèles et produits sont prolongés jusqu’en 2032 et couvrent aussi les modèles postérieurs à l’AGI ; ses droits sur la recherche courent jusqu’à la vérification de l’AGI par le panel ou jusqu’en 2030, selon la première éventualité. Le communiqué commun de février 2026 confirme que la définition contractuelle de l’AGI et la procédure pour la constater restent inchangées. Autrement dit, la date à laquelle des experts écriront « c’est une AGI » a des conséquences financières pour deux des plus grandes entreprises du secteur. Le texte public ne dit rien de la composition du panel.

Le deuxième effet est financier au sens large. Annoncer que l’AGI est proche justifie les investissements massifs que notre pilier détaille, des centaines de milliards de dollars de centres de données. Le dire trop tôt coûte peu à celui qui parle ; le croire coûte parfois cher à celui qui écoute.

Le troisième effet est réglementaire et politique. Le rapport Bengio, soutenu par plus de trente pays et organisations, est le signe que des gouvernements prennent au sérieux le scénario de systèmes très capables et autonomes. Les débats sur les risques extrêmes et la surveillance renforcée des plus gros modèles, comme le seuil de 10²⁵ opérations de l’AI Act, relèvent de la même préoccupation. Notre guide sur les risques de l’IA générative en entreprise traite des risques actuels, plus terre à terre et plus urgents.

Ce que ça change pour une entreprise

Pour un dirigeant ou un responsable formation, le débat sur l’AGI peut sembler lointain. Il a pourtant trois conséquences pratiques, et aucune ne demande d’attendre.

La première tient à l’irrégularité. Puisque les modèles sont excellents sur certaines tâches et médiocres sur d’autres, sans que la frontière soit intuitive, il faut l’apprendre par l’usage, tâche par tâche. Un modèle qui rédige un bon contrat peut se tromper sur un calcul de date. Notre guide sur la vérification des réponses de l’IA donne la méthode : on ne vérifie pas tout, on vérifie ce qui ressemble à ce que l’IA rate.

La deuxième tient à la durée des tâches. Le rapport Bengio voit venir des systèmes capables de travailler plusieurs jours en autonomie d’ici 2030 si les tendances se poursuivent. Ce qui change alors, c’est l’organisation : qui donne la consigne, qui valide le résultat, qui répond de l’erreur. Ces questions se préparent dès maintenant avec les assistants, en apprenant à découper un travail en étapes contrôlables.

La troisième tient aux compétences. Notre article sur l’IA et l’emploi en France détaillera les métiers exposés. Le principe est déjà clair : la valeur se déplace vers ceux qui savent formuler une demande, juger une réponse et décider quoi faire de l’écart. C’est aussi le sens de l’article 4 de l’AI Act : depuis sa réécriture par l’omnibus numérique de juillet 2026, il demande aux organisations de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l’IA par leur personnel, une obligation de moyens détaillée dans notre article sur l’article 4 et le plan de formation. Nos ateliers d’IA générative pour apprendre à repérer les forces et les failles d’un modèle partent de vos propres tâches.

Notre verdict tient en une phrase. Attendre l’AGI pour se former revient à attendre la fin d’une course dont personne ne connaît la ligne d’arrivée, alors que les outils disponibles aujourd’hui font déjà mieux qu’un humain médian sur certaines tâches précises.

FAQ

Qu’est-ce que l’AGI, en une phrase ?

Une intelligence artificielle capable de réaliser et d’apprendre à peu près toutes les tâches intellectuelles d’un humain, au moins aussi bien que lui. La définition de la charte d’OpenAI, des systèmes hautement autonomes qui surpassent les humains dans la plupart des tâches à valeur économique, est la plus citée. Celle de Google DeepMind est plus précise : elle juge la performance et la variété des tâches sur une échelle de six niveaux. Aucune des deux ne fixe un seuil que tout le monde accepte, et c’est pour cela que personne ne peut déclarer l’AGI de manière incontestable.

ChatGPT ou Claude sont-ils déjà une AGI ?

Non, selon les principales définitions disponibles. Dans le cadre de Google DeepMind, les grands assistants étaient classés au premier niveau, « émergent », pour l’intelligence générale. Les tests de 2026 montrent des performances de très haut niveau sur des tâches précises, comme les mathématiques de compétition, et des échecs sur des tâches simples, comme lire une horloge. Même la fondation ARC Prize, dont le test vient d’être presque battu par GPT-6 Astra, refuse de parler d’AGI.

Quand l’AGI arrivera-t-elle ?

Personne ne le sait. Dans une enquête auprès de 2 778 chercheurs, la probabilité que des machines surpassent les humains dans toutes les tâches était estimée à 10 % d’ici 2027 et à 50 % d’ici 2047. Le rapport international sur la sécurité de l’IA de février 2026 décrit des scénarios allant d’améliorations modestes à des gains rapides d’ici 2030. Certains dirigeants de laboratoires annoncent des dates plus proches ; ils ont aussi un intérêt à le faire.

Quelle différence entre AGI et superintelligence ?

L’AGI vise le niveau humain sur l’ensemble des tâches. La superintelligence, ou ASI, désigne une IA qui dépasse tous les humains, dans tous les domaines. Dans l’échelle de Google DeepMind, c’est le niveau 5, « surhumain ». Les débats sur les risques extrêmes portent le plus souvent sur ce niveau, ou sur la vitesse à laquelle on passerait de l’un à l’autre.

Que mesure ARC-AGI, et pourquoi ses scores ne prouvent-ils pas l’AGI ?

ARC-AGI mesure la capacité à comprendre une règle nouvelle à partir de quelques exemples, puis, dans sa troisième version, à apprendre les règles d’un environnement interactif par l’expérience. Ce sont des capacités centrales de l’intelligence générale, mais pas la totalité. La fondation l’écrit elle-même après les résultats de GPT-6 Astra : saturer le test ne prouverait pas l’AGI, et le test ne représente ni la complexité ni l’ouverture du monde réel. Il faut ajouter le coût : 19 000 à 26 000 dollars de calcul selon le protocole utilisé, un chiffre à garder en tête quand on compare la machine à un humain.

L’AI Act réglemente-t-il l’AGI ?

Pas sous ce nom. Le règlement européen encadre les modèles d’IA à usage général et présume un risque systémique au-delà de 10²⁵ opérations de calcul pour l’entraînement. Les fournisseurs de ces modèles ont des obligations renforcées, fixées à l’article 55 : évaluation et essais contradictoires, atténuation des risques systémiques, signalement des incidents graves au Bureau de l’IA, cybersécurité. Ce seuil mesure la taille de l’entraînement, pas l’intelligence du modèle.

Que doit faire une entreprise de ce débat ?

Rien d’autre que ce qu’elle doit déjà faire, mais avec plus de lucidité. Former les équipes à tester un outil sur leurs propres tâches, à repérer ses erreurs typiques et à organiser la validation. Prévoir que des tâches de plusieurs jours pourront être confiées à des systèmes autonomes d’ici la fin de la décennie, et réfléchir dès maintenant à la responsabilité. Ignorer les annonces de date, dans un sens comme dans l’autre.

Pour finir

L’AGI est un horizon dont tout le monde parle et que personne ne sait dater ni reconnaître. Les faits de 2026 sont plus utiles que le mot : des modèles qui gagnent l’or aux Olympiades et peinent devant un cadran, un test emblématique presque battu par un système dont ses propres auteurs disent qu’il n’est pas une AGI, des chercheurs qui avancent leurs estimations sans s’accorder, et un contrat à plusieurs milliards suspendu à l’avis d’un panel. Pour une entreprise, la conclusion est simple. Ne pas attendre. Apprendre plutôt à travailler avec une intelligence inégale, très forte ici, fragile là, en sachant reconnaître la différence. Notre formation à l’IA générative pour travailler avec une intelligence inégale est construite sur cette idée.

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