


Si vous avez l’intention d’embaucher un alternant et que vous hésitez encore, les lignes qui suivent vous concernent. L’alternance est un formidable tremplin pour les jeunes qui veulent intégrer le monde de l’entreprise — et c’est aussi une opportunité majeure pour les employeurs, à condition de bien comprendre les enjeux.
Mais attention : l’alternance ne se résume pas à la signature d’un contrat. Sans un dispositif de tutorat structuré, le risque d’échec est réel — et les conséquences sont lourdes pour l’entreprise comme pour l’apprenant. Cet article vous propose une méthode claire et opérationnelle pour déployer un tutorat qui fonctionne. Pour replacer le tutorat dans une vue d’ensemble du dispositif, vous pouvez aussi consulter notre article de référence.
Embaucher un alternant ou un apprenti, ce n’est pas embaucher un salarié comme un autre. C’est accepter une responsabilité pédagogique qui demande un cadre, des moyens et une vraie intention.
L’intégration d’un alternant apporte à l’entreprise :
À l’inverse, un tutorat improvisé conduit régulièrement à des situations difficiles :
La clé de la réussite réside dans une mise en place rigoureuse, qui combine transmission des compétences, organisation rassurante et gestion sereine de la relation.
Que se passe-t-il entre un tuteur expérimenté et un jeune alternant qui découvre brusquement le quotidien d’une PME ou d’un grand groupe ? Pourquoi le tutorat fonctionne-t-il bien dans certains cas et dysfonctionne-t-il dans d’autres ?
Être tuteur demande une implication de tous les jours. La mission s’ajoute aux activités quotidiennes du tuteur, qui exerce un métier à plein temps. Trop souvent, le tuteur est désigné sans qu’on libère du temps de sa fiche de poste pour cette nouvelle responsabilité.
Le tuteur idéal est volontaire, choisi davantage pour ses compétences relationnelles que pour son expertise pure. Tutorer, c’est développer une relation de confiance, fondée sur l’écoute, la patience et la pédagogie. Avant les vérifications légales, c’est cette qualité humaine qui fait la différence.
Le nouveau tuteur a souvent des doutes légitimes : « Et si je n’étais pas assez pédagogue ? Et si je manquais de temps ? Et si ça se passait mal dans la relation ? ». Il a besoin de savoir clairement ce qu’on attend de lui — et comment s’y prendre.
C’est précisément le rôle de l’entreprise : poser un cadre, fournir des outils, accompagner le tuteur dans ses premières semaines. Pas le laisser découvrir le métier dans la douleur.
Voici la séquence opérationnelle que nous recommandons aux entreprises qui structurent leur tutorat. Ces étapes sont à mener dans l’ordre, idéalement avant la signature du contrat avec l’alternant.

Avant tout, clarifiez votre besoin avec les RH et le manager d’équipe. Un alternant pour faire quoi ? Quelles activités lui confier ? Pendant combien de temps ? Quelles compétences doit-il maîtriser en amont, et quelles sont celles qu’il développera en interne ?
Un alternant n’est pas une « petite main » de dépannage. Si vous n’avez pas de projet pédagogique clair, ne recrutez pas.
Une fois le besoin identifié, définissez le profil recherché : niveau d’études, école, diplôme préparé, compétences attendues. Les écoles partenaires peuvent vous aider à choisir le « bon » diplôme : Bac+2 pour un opérationnel, licence ou bachelor pour des missions intermédiaires, master pour conduire un projet complexe.
Selon le type de contrat (apprentissage ou professionnalisation), les conditions diffèrent. Pour vérifier l’éligibilité du tuteur pressenti et les obligations qui s’imposent à l’entreprise, consultez notre article complet sur les conditions légales pour devenir tuteur d’un apprenti.
Identifiez la personne la plus adaptée dans l’équipe. Critères clés :
Évitez de désigner le manager direct si vous pouvez confier le rôle à un autre membre de l’équipe — la double casquette manager-tuteur peut générer des confusions de posture.
Sans formation, le risque d’échec augmente significativement. Une formation tuteur d’un ou deux jours permet d’acquérir les méthodes pédagogiques, les outils de suivi, la posture relationnelle et la connaissance du cadre légal. Pour structurer cette montée en compétences, vous pouvez vous appuyer sur notre formation tuteur certifiante RS5515, reconnue par l’État, prise en charge par les OPCO et éligible à toutes les obligations de branches.
Au-delà du contrat administratif (Cerfa FA13 ou EJ20), formalisez en interne une lettre de mission tuteur précisant :
Ce contrat-mission interne évite 80 % des malentendus qui surgissent en cours de parcours.
L’arrivée d’un alternant se prépare, comme un onboarding salarié classique. Pour structurer concrètement cette phase, consultez notre guide préparer l’accueil et l’intégration de l’alternant.
L’alternance ne fonctionne que si la relation école-entreprise vit. Identifiez le référent pédagogique côté école dès la signature, planifiez les visites en entreprise, anticipez les périodes d’examen. Pour approfondir, consultez notre article sur la relation tuteur-CFA.
Le tuteur a besoin d’outils concrets : référentiel de compétences, fiches d’observation, grilles d’évaluation, carnet de liaison. Ces supports structurent la progression et permettent de mesurer les acquis. Pour aller plus loin, consultez notre méthode pour transmettre ses compétences efficacement.
Programmez des points d’étape formels — hebdomadaires en début de contrat, puis mensuels. Ces rendez-vous permettent d’ajuster, de débloquer les difficultés et de maintenir la motivation. Pour structurer cette dimension, consultez notre guide sur le suivi de l’apprenti par le tuteur.
L’arrivée massive de l’IA générative dans les entreprises change la donne pour le tutorat. Les apprentis arrivent souvent plus à l’aise avec ces outils que leurs tuteurs — ce qui transforme la relation tutorale en échange réciproque.
Pour les organisations qui mettent en place leur tutorat en 2026, deux conséquences pratiques :
L’entreprise qui intègre cette dimension dans son dispositif de tutorat envoie un message fort : elle est moderne, ouverte, et reconnaît la valeur des compétences que les nouvelles générations apportent.
À partir de notre expérience auprès de centaines d’entreprises, voici les pièges les plus courants :
Comptez idéalement 4 à 6 semaines avant l’arrivée de l’alternant : 2 semaines de diagnostic et de définition du besoin, 2 semaines de sélection et formation du tuteur, 2 semaines de préparation matérielle et relationnelle.
Au-delà du coût salarial de l’alternant, prévoyez : la formation tuteur (financée à 100 % par les OPCO dans la plupart des cas), les outils de suivi (souvent inclus dans la formation), et le temps tuteur (estimé entre 2 et 4 h/semaine, soit environ 100 à 200 heures sur l’année).
Pas systématiquement, mais certaines branches l’imposent via leurs accords de branche. Quand elle n’est pas obligatoire, elle reste très fortement recommandée et financée par les OPCO.
Il faut agir vite, sans attendre que la situation s’envenime. Un point en triangle (tuteur, alternant, manager ou RH) permet souvent de débloquer les non-dits. Si le conflit persiste, l’école doit être impliquée.
Oui, c’est même recommandé dans les structures de taille importante. On distingue alors le tuteur de référence (qui pilote l’accompagnement) et les tuteurs de compétences (qui interviennent sur des missions ponctuelles).
Trois indicateurs principaux : taux de réussite à l’examen, taux d’embauche en fin de contrat, taux de rupture en cours de parcours. Complétez par des entretiens qualitatifs avec les tuteurs et les alternants après chaque cohorte.
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