Brise-glace en formation d'adultes : 4 règles issues de la recherche sur les groupes et 25 idées classées par modalité, du petit groupe au public réticent.

Brise-glace en formation d’adultes : 25 idées par modalité

Brise-glace en formation d'adultes : 4 règles issues de la recherche sur les groupes et 25 idées classées par modalité, du petit groupe au public réticent.

« On va faire un petit tour de table. » Douze personnes, douze monologues, et le douzième n’a rien écouté parce qu’il préparait le sien. Le brise-glace en formation est l’activité la plus répandue de la journée et la plus mal conçue : trop longue, sans lien avec le sujet, parfois infantilisante pour des adultes qui ont quitté un poste pour venir. Il a pourtant une fonction précise, que la recherche sur les groupes décrit bien, et il peut se faire en dix minutes avec un résultat qui sert toute la journée. Cet article pose quatre règles, puis vingt-cinq brise-glace classés par modalité, du petit groupe d’inconnus au recyclage réglementaire devant des techniciens qui n’ont rien demandé.

Il prolonge notre guide des techniques d’animation pédagogique et l’article sur les jeux pédagogiques en formation. Les relances d’après déjeuner, qui obéissent à d’autres règles, sont l’objet de l’article sur les energisers.

En bref

  • Un brise-glace en formation sert à trois choses, pas plus : se connaître, entrer dans le sujet, poser le cadre. Chaque brise-glace de cet article vise l’une des trois.
  • Il répond à un besoin réel. Tout groupe passe par une phase d’orientation et de test avant de travailler (Tuckman, 1965, sur 50 études de groupes), et un groupe où l’on peut prendre la parole sans risque apprend davantage (Edmondson, 1999 ; 51 équipes, 427 personnes).
  • Quatre règles pour des adultes : relié à l’objectif, chacun parle une fois et personne n’est exposé, quinze minutes au plus, ce qui est dit est réutilisé.
  • Le binôme avant la plénière est le geste le plus efficace : l’auto-dévoilement réciproque et progressif rapproche deux inconnus en moins d’une heure (Aron et al., 1997), là où le tour de table les expose.
  • Verdict : le tour de table classique, l’animal totem et le jeu physique imposé sont à retirer de vos déroulés. Le brise-glace en formation est la première activité de la session. Pas un préambule.
  • Les 25 brise-glace sont classés en cinq modalités : petit groupe, grand groupe, classe virtuelle, collègues qui se connaissent, public réticent.
  • Pour conduire un groupe dès la première heure, la formation Animer une formation de Proactive Academy travaille le lancement de session en mise en situation.

Brise-glace en formation : à quoi ça sert, et à quoi ça ne sert pas

Trois résultats de recherche donnent au brise-glace en formation sa fonction, et ses limites.

Le premier est ancien et toujours cité. En 1965, Bruce Tuckman a passé en revue cinquante articles sur des groupes de thérapie, des groupes de formation (T-groups), des groupes naturels et de laboratoire, et en a tiré une séquence en quatre stades : orientation et test (forming), conflit (storming), cohésion (norming), rôles fonctionnels au service de la tâche (performing) (Tuckman, Psychological Bulletin, vol. 63, n° 6, 1965, p. 384-399, doi 10.1037/h0022100). Un groupe de formation qui se réunit pour une journée ne traverse pas tous ces stades, mais il n’échappe pas au premier : avant de travailler, les gens cherchent qui est là, ce qu’on attend d’eux et ce qu’ils risquent. Tuckman ne chiffre rien ; en salle, nous constatons qu’un brise-glace en formation bien conçu fait passer ce stade en dix minutes, et que sans lui, il occupe la première heure.

Le deuxième donne la cible. Amy Edmondson a montré, sur 51 équipes et 427 personnes d’un même industriel, que la sécurité psychologique, c’est-à-dire la conviction partagée qu’on peut prendre un risque interpersonnel (poser une question, admettre une erreur, demander de l’aide) sans être rejeté ni sanctionné, est liée aux comportements d’apprentissage de l’équipe, qui expliquent à leur tour sa performance (Edmondson, Administrative Science Quarterly, vol. 44, n° 2, 1999, p. 350-383, doi 10.2307/2666999). Le contexte est celui d’équipes de travail durables, pas d’un groupe d’un jour ; le mécanisme vaut pour les deux. Un participant qui a parlé une fois sans conséquence en parlera une deuxième. Celui qui a été exposé au premier tour de table se taira jusqu’à 17 h.

Le troisième dit comment. Arthur Aron et ses collègues ont fait travailler des paires d’inconnus pendant quarante-cinq minutes sur une série de questions d’intensité croissante, avec auto-dévoilement réciproque, et ont mesuré une proximité ressentie supérieure à celle d’une conversation de small talk de même durée (Aron et al., Personality and Social Psychology Bulletin, vol. 23, n° 4, 1997, p. 363-377, doi 10.1177/0146167297234003). Les auteurs eux-mêmes notent que l’effet ne se retrouve pas dans toutes les conditions testées. Ce qu’on en retient pour un brise-glace en formation tient en trois mots : réciproque, progressif, en binôme. Le tour de table n’est ni réciproque (on parle seul), ni progressif (on dit tout d’un coup), ni en binôme (on parle à douze).

Ce que le brise-glace ne fait pas : il ne motive pas un groupe qui n’a pas choisi de venir, il ne résout pas un conflit d’équipe importé, il ne remplace pas le contrat de groupe. Pour ces cas, voyez la résistance en formation.

Quatre règles pour un brise-glace en formation d’adultes

Chlup et Collins, dans la revue Adult Learning, distinguent les ice-breakers, qui ouvrent une session, des re-energizers, utilisés en transition pour relancer l’attention, et rappellent que ces activités servent la participation de tous, un climat de sécurité et l’apprentissage du contenu, pas seulement le premier jour (Chlup et Collins, Adult Learning, vol. 21, n° 3-4, 2010, p. 34-39, doi 10.1177/104515951002100305). Nous y ajoutons une exigence propre aux adultes qui ont quitté un poste pour venir : l’activité respecte leur expérience et se relie au contenu, faute de quoi elle est vécue comme une perte de temps. D’où quatre règles.

Les quatre règles d’un brise-glace pour adultes, et les quatre erreurs en face Deux colonnes. À gauche, quatre règles : relié à l’objectif de la session, chacun parle une fois et personne n’est exposé, quinze minutes au plus, ce qui est dit est réutilisé. À droite, l’erreur correspondante : le jeu pour le jeu, le tour de table qui expose, le brise-glace de quarante minutes, les attentes recueillies et oubliées. Quatre règles pour un brise-glace d’adultes Et l’erreur qui leur correspond, celle qu’on voit le plus souvent en salle La règle L’erreur en face 1. Relié à l’objectif de la session Le brise-glace est la première activité, pas un préambule. Le jeu pour le jeu Animal totem, superpouvoir : rien à réutiliser à 9 h 30. 2. Chacun parle une fois, personne n’est exposé Binôme ou écrit avant la plénière ; la vie privée reste dehors. Le tour de table qui expose Douze monologues, le dernier a préparé le sien et rien écouté. 3. Quinze minutes au plus Dix pour un groupe de douze, quinze au-delà, chronométrées. Le brise-glace de quarante minutes Le groupe se connaît, et le premier apport commence à 10 h 20. 4. Ce qui est dit est réutilisé Attentes affichées, cas repris l’après-midi, noms retenus. Les attentes recueillies et oubliées Elles promettent une écoute qui ne vient pas. Pire que rien. Schéma Proactive Academy.
Quatre règles d’un brise-glace pour adultes, et les quatre erreurs en face. Schéma Proactive Academy.

Relié à l’objectif de la session. Le brise-glace en formation est la première activité, pas un préambule. Si ce qui s’y dit ne sert pas avant 10 h, il est mal choisi. Un formateur en gestion de projet qui ouvre par « votre dernier projet en retard, et pourquoi » a déjà son premier cas.

Chacun parle une fois, personne n’est exposé. Le binôme ou l’écrit précèdent toute prise de parole en plénière. Les questions touchent au métier, jamais à la vie privée, et personne n’est obligé de répondre à une question qu’il n’a pas choisie. Le silencieux de l’article sur l’apprenant difficile se construit souvent au premier tour de table.

Quinze minutes au plus. Dix pour douze personnes, quinze au-delà, chronométrées et annoncées. Les enseignants interrogés par Tharayil et ses collègues conçoivent leurs activités d’apprentissage actif par étapes progressives, en commençant petit (Tharayil et al., International Journal of STEM Education, vol. 5, art. 7, 2018) ; le brise-glace est cette première marche, pas l’escalier entier.

Ce qui est dit est réutilisé. Les attentes sont affichées et reliées au programme, les cas apportés sont repris l’après-midi, les prénoms sont retenus. Un recueil d’attentes sans suite promet une écoute qui ne vient pas.

25 brise-glace en formation, classés par modalité

Chaque brise-glace indique son objectif (se connaître, entrer dans le sujet, poser le cadre), sa durée et sa consigne. Les quinze premiers sont ceux de la matrice ; les dix suivants complètent chaque modalité.

Choisir un brise-glace en formation : la matrice objectif par modalité Matrice à trois lignes (objectif : se connaître, entrer dans le sujet, poser le cadre) et cinq colonnes (modalité : petit groupe, grand groupe, classe virtuelle, collègues qui se connaissent, public réticent). Chaque case nomme un brise-glace de l’article adapté au croisement. Quel brise-glace pour quel groupe ? Trois objectifs possibles, cinq modalités : quinze croisements, un brise-glace par case Petit groupe≤ 12, inconnus Grand groupeplus de 15 Classe virtuellecaméras, chat Collèguesse connaissent Réticentsobligatoire Se connaître Noms, visages,métiers, attentes Binôme-portrait2 min à deux, chacunprésente l’autreen 30 secondes. Carte vivanteSe placer dans la salleselon la région,puis l’ancienneté. Objet derrière soiChacun montre un objetde son bureau et lerelie à son métier. Ce que vous ignorezUne chose que lescollègues ne saventpas de mon poste. Tour factuelPoste, depuis quand,dernière formationsur ce sujet. Point. Entrer dansle sujet Activer ce qu’ilssavent déjà La dernière fois« La dernière fois oùj’ai eu ce problème,c’était… » Vote à main levéeTrois affirmationssur le sujet, d’accordou pas, debout. Un mot dans le chatLe premier mot quivient sur le thème,nuage lu à voix haute. Le cas de la semaineChacun apporte unesituation vécue, onen retient trois. Ce qui a changéDepuis le dernierrecyclage, qu’est-cequi a bougé ? Poser le cadre Règles, attentes,contrat de groupe Attentes et craintesDeux post-it parpersonne, affichés,reliés au programme. Règles par tableChaque table proposeune règle, le groupeen garde trois. Sondage à 3 itemsCaméra, micro, chat :chacun dit ce qu’ilpeut tenir aujourd’hui. Hiérarchie dehorsChacun nomme ce qu’ilattend des autres,manager compris. Une utilité, uneChacun écrit ce quirendrait la journéeutile. Affiché. Les quinze brise-glace de la matrice sont décrits dans l’article, avec dix autres. Typologie Proactive Academy.
Choisir un brise-glace en formation : la matrice objectif par modalité. Typologie Proactive Academy.

Petit groupe de participants qui ne se connaissent pas (jusqu’à 12)

  1. Binôme-portrait (se connaître, 8 min). Deux minutes à deux, chacun interroge l’autre sur son poste et ce qu’il vient chercher, puis présente l’autre en trente secondes. Réciproque, progressif, personne ne parle de soi en public.
  2. La dernière fois (entrer dans le sujet, 10 min). « La dernière fois où j’ai eu ce problème, c’était… » : une situation vécue, en deux phrases, écrite sur une fiche puis lue par un voisin. Le formateur en retient trois pour la journée.
  3. Attentes et craintes (poser le cadre, 10 min). Deux post-it par personne, une attente et une crainte, collés sur deux affiches. Le formateur lit, regroupe, et dit lesquelles seront traitées et lesquelles ne le seront pas.
  4. Le fil des prénoms (se connaître, 5 min). Chacun donne son prénom et une chose qu’il fait bien dans son métier. Le suivant répète le prénom du précédent avant le sien. Dix minutes plus tard, tout le monde connaît tout le monde.
  5. Trois questions au formateur (poser le cadre, 8 min). En binôme, les participants préparent une question qu’ils veulent poser au formateur sur la journée. Le formateur répond à toutes, y compris « est-ce que c’est obligatoire ».

Grand groupe (plus de 15 personnes)

  1. Carte vivante (se connaître, 10 min). Les participants se placent dans la salle selon leur région, puis leur ancienneté dans le métier, puis leur niveau déclaré sur le sujet. Trois configurations, et le formateur a sa cartographie du groupe sans un seul tour de table.
  2. Vote à main levée (entrer dans le sujet, 8 min). Trois affirmations sur le sujet, volontairement discutables, et chacun se lève s’il est d’accord. Le formateur interroge un debout et un assis par affirmation. Le désaccord est posé, il devient contenu.
  3. Règles par table (poser le cadre, 12 min). Chaque table propose une règle de fonctionnement pour la journée ; le groupe en garde trois, affichées. Le contrat de groupe est fait, et il vient d’eux.
  4. Le voisin inconnu (se connaître, 6 min). Chacun se tourne vers la personne qu’il connaît le moins dans un rayon de deux mètres et échange trois minutes sur son poste. Dans les grands groupes, c’est le seul moyen que chacun ait parlé à quelqu’un.
  5. Un chiffre par table (entrer dans le sujet, 10 min). Chaque table estime un chiffre lié au sujet (le coût d’un accident, le taux d’abandon d’un parcours) et l’écrit. Les estimations sont affichées ; la vraie valeur arrive dans le premier apport. L’écart fait l’attention.

Classe virtuelle

  1. L’objet derrière soi (se connaître, 8 min). Chacun montre à la caméra un objet de son bureau et le relie à son métier en une phrase. Les caméras s’allument sans qu’on le demande.
  2. Un mot dans le chat (entrer dans le sujet, 5 min). « Le premier mot qui vous vient sur [le thème] », tous en même temps dans le chat ; le formateur lit le nuage à voix haute et en commente deux. Tout le monde a écrit, personne n’a parlé seul.
  3. Sondage à trois items (poser le cadre, 5 min). Caméra, micro, chat : chacun indique dans un sondage ce qu’il peut tenir aujourd’hui (« caméra oui, micro par moments, chat toujours »). Le cadre est réaliste, et le formateur sait à quoi s’attendre.
  4. Salles de deux (se connaître, 10 min). Binômes aléatoires en salles de sous-groupes, quatre minutes, consigne écrite dans le chat avant le départ, retour avec une phrase par binôme dans le chat. C’est le binôme-portrait adapté à la distance.
  5. Le curseur (entrer dans le sujet, 6 min). Sur un tableau blanc partagé, chacun place son curseur entre « je débute » et « je pratique tous les jours ». Le formateur ajuste son premier apport à ce qu’il voit, et le dit.

Collègues qui se connaissent déjà (intra-entreprise)

  1. Ce que vous ignorez de mon poste (se connaître, 10 min). Chacun dit une chose que ses collègues ne savent pas de son travail quotidien. Dans une équipe qui se croit connue, c’est souvent la surprise de la journée.
  2. Le cas de la semaine (entrer dans le sujet, 12 min). Chacun apporte, par écrit, une situation vécue dans les sept derniers jours en lien avec le sujet. Le groupe en retient trois, qui deviennent les cas de l’après-midi.
  3. Hiérarchie dehors (poser le cadre, 8 min). Quand le manager est dans la salle, chacun, manager compris, dit ce qu’il attend des autres pour la journée. Le manager parle en dernier, et le formateur reformule : « donc aujourd’hui, pas de validation hiérarchique sur ce qui se dit ».
  4. Le pari (entrer dans le sujet, 8 min). Chacun parie, par écrit, sur ce que la formation va changer dans son poste d’ici un mois. Les paris sont gardés dans une enveloppe et rouverts à J+30. C’est aussi une amorce d’évaluation à froid.
  5. L’inventaire (se connaître, 8 min). Sur une affiche, chacun note les outils ou méthodes du sujet qu’il utilise déjà. Le formateur découvre ce qui existe dans l’équipe, et ce qu’il peut sauter.

Public réticent ou formation obligatoire

  1. Tour factuel (se connaître, 6 min). Poste, depuis quand, dernière formation suivie sur ce sujet. Trois informations, pas une de plus, pas de « et ce que j’attends ». Avec un public qui n’a pas choisi de venir, demander des attentes est une provocation.
  2. Ce qui a changé (entrer dans le sujet, 10 min). « Depuis votre dernier recyclage, qu’est-ce qui a changé dans votre poste, votre matériel, votre équipe ? » Chacun répond en une phrase ; le formateur relie chaque réponse à un point du programme.
  3. Une utilité, une (poser le cadre, 8 min). Chacun écrit sur un post-it la seule chose qui rendrait la journée utile pour lui. Affiché, lu, et le formateur dit ce qu’il fera de chacun. C’est la version adaptée du recueil d’attentes.
  4. L’incident (entrer dans le sujet, 10 min). Le formateur raconte un incident réel du secteur, daté, en trois minutes, puis demande : « qui a déjà vu quelque chose d’approchant ? ». Avec un public réglementaire, le cas précède la règle.
  5. Le temps (poser le cadre, 5 min). Le formateur dit l’heure de fin, les pauses, ce qui est obligatoire et ce qui ne l’est pas, et demande au groupe s’il y a une contrainte qu’il ignore. Rien de pédagogique, et c’est ce que ce public attend d’abord.

Choisir son brise-glace en formation : la matrice objectif par modalité

La matrice se lit en deux questions. Quel est l’objectif de ce brise-glace en formation : que les gens se connaissent, qu’ils entrent dans le sujet, ou qu’ils posent le cadre ? Et quelle est la modalité de ce groupe : petit ou grand, à distance ou en salle, composé d’inconnus, de collègues ou de participants qui n’ont pas choisi de venir ? Le croisement donne une case. Parfois deux.

Deux brise-glace en formation peuvent s’enchaîner si la session dure plus d’une journée : un pour se connaître le premier matin, un pour entrer dans le sujet. Trois, jamais ; c’est l’erreur du brise-glace de quarante minutes.

Un cas particulier mérite d’être nommé : le groupe mixte, où la moitié des participants se connaît et l’autre non. Le brise-glace y est obligatoire, et il doit mélanger : binômes imposés entre un connu et un inconnu, jamais de tables par service.

Les brise-glace en formation à retirer de vos déroulés

Quatre formats de brise-glace en formation reviennent dans les sessions d’adultes et desservent le formateur.

Le tour de table sans question. « Présentez-vous. » Chacun improvise, le premier donne le format, les suivants le copient, et le dernier, qui a passé dix minutes à préparer ses trois phrases, n’a rien écouté de ce que les onze autres ont dit. Si le tour de table est inévitable, il a une question précise et une durée annoncée par personne.

L’animal totem, le superpouvoir, l’objet qui vous représente. Rien à réutiliser à 9 h 30, et un public de responsables qualité ou de conducteurs d’engins se demande ce qu’il fait là. Le test est simple : ce que le participant a dit sert-il à quelque chose dans la demi-heure ? Sinon, c’est un jeu, pas un brise-glace.

Le jeu physique imposé. Se lancer une balle, se mettre en cercle en se tenant par les épaules, mimer. Une partie du groupe adore. L’autre partie, qui a un dos, une gêne ou simplement trente ans de métier, se ferme pour la journée. Le mouvement se propose (carte vivante, vote debout), il ne s’impose pas.

La question intime déguisée. « Un moment marquant de votre vie », « ce qui vous rend heureux ». Hors sujet, et risqué pour qui vient de vivre quelque chose de difficile. Le métier offre assez de matière.

Après le brise-glace : ce qu’on en fait

La valeur d’un brise-glace en formation se mesure à ce qu’il laisse. Trois gestes la préservent.

Noter. Les prénoms sur le plan de table, les cas apportés, les attentes et les craintes. Un formateur qui, à 14 h, reprend le cas de Madame Durand cité à 9 h 10 montre que le brise-glace n’était pas un rituel.

Relier. Chaque attente affichée reçoit une réponse avant le déjeuner : traitée à telle séquence, pas traitée pour telle raison. Chaque cas apporté est utilisé ou explicitement écarté.

Clore. En fin de journée, revenir à l’affiche du matin et cocher. Les paris de l’enveloppe, s’il y en a, sont le point de départ de l’évaluation à froid.

Le brise-glace en formation est aussi le premier endroit où le formateur montre sa posture : un pilote qui cadre dix minutes, puis un accompagnateur qui écoute ce qui sort des binômes. Un formateur qui commente chaque réponse du tour de table a déjà dit au groupe qu’il parlerait toute la journée.

FAQ

À quoi sert un brise-glace en formation ?

À faire passer la phase d’orientation que tout groupe traverse avant de travailler (Tuckman, 1965) et à installer la sécurité psychologique qui permet de poser une question sans risque (Edmondson, 1999). Il vise l’un de trois objectifs : se connaître, entrer dans le sujet, poser le cadre. Il ne motive pas. Il ne divertit pas.

Combien de temps doit durer un brise-glace en formation ?

Dix minutes pour un groupe de douze, quinze au-delà, chronométrées et annoncées. Un brise-glace de quarante minutes décale le premier apport et épuise la bonne volonté du groupe avant que la formation commence.

Quel brise-glace pour un groupe qui ne voulait pas venir ?

Un tour factuel (poste, ancienneté, dernière formation sur le sujet), sans demande d’attentes, puis une entrée dans le sujet par l’incident réel ou par « ce qui a changé depuis le dernier recyclage ». Pas de jeu, pas de post-it coloré, et le cadre dit en cinq minutes : horaires, obligations, ce qui ne l’est pas.

Faut-il un brise-glace en formation quand les participants se connaissent ?

Oui, avec un autre objectif : entrer dans le sujet ou poser le cadre, en particulier quand le manager est présent. « Ce que vous ignorez de mon poste » et « hiérarchie dehors » sont faits pour ces groupes. Un brise-glace « se connaître » devant des collègues de dix ans est perçu comme une perte de temps, à juste titre.

Le tour de table est-il à bannir ?

Dans sa forme sans question (« présentez-vous »), oui. Avec une question précise, une durée par personne et une raison d’écouter les autres (répéter le prénom du précédent, par exemple), il redevient acceptable pour les petits groupes. Le binôme avant la plénière reste préférable : il est réciproque, progressif et n’expose personne.

Quel brise-glace en formation à distance, en classe virtuelle ?

Un mot dans le chat (tout le monde écrit, personne ne parle seul), l’objet derrière soi (les caméras s’allument d’elles-mêmes), les salles de deux (le binôme-portrait à distance) et le sondage à trois items pour poser le cadre caméra, micro, chat. Nous y revenons dans l’article sur l’animation d’une formation à distance.

Brise-glace et energiser, quelle différence ?

Le brise-glace ouvre une session et vise la connaissance mutuelle, l’entrée dans le sujet ou le cadre. L’energiser relance un groupe qui décroche, souvent après le déjeuner, et vise l’attention, en deux à cinq minutes. Chlup et Collins (2010) les distinguent sous les noms d’ice-breakers et de re-energizers ; nous leur consacrons un article chacun.

Ce qu’il faut retenir

Un brise-glace en formation n’est pas un échauffement. C’est la mise. C’est la première activité de la session, celle qui fait passer le stade d’orientation du groupe, installe le droit de parler et donne au formateur ses premiers cas. Quatre règles le tiennent : relié à l’objectif, personne n’est exposé, quinze minutes, réutilisé. Notre conviction, après quinze ans de lancements de session : le binôme de deux minutes avant toute plénière vaut tous les tours de table, et le tour factuel devant un public réticent vaut tous les post-it. Le reste est une question de choix. La matrice le fait en deux questions.

Pour vous entraîner au lancement d’une session en mise en situation, Proactive Academy propose une journée consacrée à l’animation et à la conduite d’un groupe. L’ensemble de nos formations en pédagogie permet de situer ce module dans un parcours de formateur.

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