


Vous êtes employeur, RH, tuteur ou apprenti et vous envisagez une rupture du contrat d’apprentissage ? La réforme de 2018 a profondément modifié les règles : la rupture est désormais possible plus facilement qu’avant, mais elle reste encadrée par des procédures précises selon la situation. Cet article fait le point complet sur les modes de rupture, leurs conditions et leurs formalités, en complément de notre vue d’ensemble du tutorat et de notre article sur les conflits entre apprenti et employeur.
| Mode de rupture | Période concernée | À l’initiative de | Préavis |
|---|---|---|---|
| Rupture en période d’essai | Les 45 premiers jours travaillés | Employeur ou apprenti | Aucun |
| Rupture d’un commun accord | Toute la durée du contrat | Les deux parties | Aucun |
| Démission de l’apprenti | Après période d’essai | Apprenti seul | 7 jours minimum |
| Licenciement pour faute grave | Après période d’essai | Employeur | Aucun (procédure encadrée) |
| Licenciement pour inaptitude médicale | Toute la durée du contrat | Employeur | Selon avis médecin |
| Force majeure | Toute la durée du contrat | Selon situation | Selon situation |
⚠️ Bon à savoir : depuis la réforme de 2018, la rupture du contrat d’apprentissage ne nécessite plus de passage devant le conseil de prud’hommes dans la plupart des cas. La procédure est plus rapide et moins formelle qu’avant.

C’est le mode de rupture le plus simple et le plus fréquent. Pendant les 45 premiers jours travaillés en entreprise, employeur comme apprenti peuvent rompre le contrat sans motif et sans préavis.
C’est le piège classique. Les 45 jours d’essai correspondent aux jours réellement travaillés en entreprise, et non aux jours calendaires depuis le démarrage du contrat. Concrètement :
Exemple : un apprenti qui démarre fin août sur un rythme 1 semaine en entreprise / 1 semaine au CFA atteindra ses 45 jours d’essai vers fin novembre, voire début décembre selon le calendrier de son CFA. Pas après 45 jours calendaires.
La procédure est simple :
Aucune indemnité spécifique n’est due pendant la période d’essai. Les sommes dues correspondent au salaire des heures travaillées + congés payés acquis.

C’est le mode de rupture le plus apaisé et celui qu’il faut privilégier dès qu’un dialogue reste possible. Apprenti et employeur conviennent ensemble de mettre fin au contrat.
Le formulaire dédié — Cerfa n° 14438 « Rupture conventionnelle du contrat d’apprentissage » — doit être :
⚠️ Particularité importante : contrairement à la rupture conventionnelle d’un CDI classique, la rupture d’un commun accord d’un contrat d’apprentissage n’ouvre pas droit à l’allocation chômage pour l’apprenti dans la plupart des cas (sauf situations spécifiques). À expliquer clairement à l’apprenti avant signature.
Depuis la réforme de 2018, l’apprenti peut démissionner de son contrat. C’est une nouveauté importante (avant, seule la rupture conventionnelle ou la voie prud’homale étaient possibles côté apprenti).
L’apprenti doit obligatoirement passer par un médiateur de l’apprentissage désigné par sa Chambre Consulaire (CCI, Chambre des Métiers, Chambre d’Agriculture). La saisine du médiateur est gratuite et obligatoire avant toute démission.
Étapes :
Le médiateur de l’apprentissage n’est pas là pour valider ou refuser la démission — il est là pour s’assurer qu’un dialogue a été tenté avant la rupture, et pour orienter l’apprenti vers d’éventuelles solutions alternatives (changement d’employeur dans le même CFA, reprise du contrat dans une autre entreprise, etc.).
Pour anticiper ce type de situation et tenter de l’éviter, consultez aussi notre article sur la gestion des conflits entre apprenti et employeur.

L’employeur peut licencier l’apprenti après la période d’essai uniquement dans des cas précis, dont le plus fréquent est la faute grave.
La faute grave est un comportement de l’apprenti qui rend impossible son maintien dans l’entreprise, même pendant la durée du préavis. Exemples typiques validés par la jurisprudence :
⚠️ Attention : un manque de motivation, une faible performance ou des résultats insuffisants ne constituent pas une faute grave. La faute grave suppose un comportement fautif, intentionnel ou particulièrement négligent — pas une simple difficulté d’apprentissage.
C’est la procédure la plus formelle et la plus risquée juridiquement pour l’employeur. Elle suit les mêmes règles qu’un licenciement classique :
⚠️ Si l’apprenti est mineur, son représentant légal doit être convoqué et présent à l’entretien.
Une procédure mal menée peut être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse par les Prud’hommes, avec :
C’est pourquoi il est fortement recommandé de se faire accompagner par un avocat ou un conseiller juridique avant d’engager cette procédure.
Si l’apprenti est déclaré inapte au poste par le médecin du travail, l’employeur peut être amené à le licencier. Conditions :
C’est un cas plus rare mais qui doit être traité avec rigueur médicale et juridique.
Cas exceptionnel : un événement extérieur, imprévisible et irrésistible (catastrophe naturelle, fermeture définitive de l’entreprise pour cause objective) peut justifier la rupture du contrat. Le CFA et l’OPCO doivent en être informés immédiatement.
Quel que soit le mode de rupture, plusieurs démarches sont à effectuer dans les jours qui suivent :

C’est une question fréquente des employeurs (et une angoisse fréquente des apprentis). Bonne nouvelle : la rupture ne signifie pas la fin de la formation.
L’apprenti dispose de 6 mois pour trouver un nouvel employeur tout en conservant son statut et en continuant les cours au CFA. Pendant cette période transitoire, il bénéficie :
S’il ne trouve pas de nouvel employeur dans ce délai, il peut basculer vers un autre dispositif (contrat de professionnalisation, formation initiale classique, demande d’emploi).
La rupture est rarement la seule issue. Avant d’engager une procédure formelle, plusieurs voies de résolution méritent d’être explorées :
Pour aller plus loin sur ces alternatives, consultez notre article sur le tutorat qui se passe mal et notre méthode pour remotiver un alternant.
Oui, depuis la réforme de 2018, l’apprenti peut démissionner après avoir saisi le médiateur de l’apprentissage de sa chambre consulaire. Aucun motif n’est exigé légalement, mais le médiateur tente une conciliation avant que la démission ne devienne effective. Préavis minimum : 7 jours.
Non, l’insuffisance de résultats ou de performance ne constitue pas une faute grave. L’employeur ne peut licencier l’apprenti que pour faute grave, inaptitude médicale ou force majeure. Pour les difficultés de performance, il faut privilégier la rupture d’un commun accord ou un changement de tuteur.
En période d’essai : aucun coût spécifique (sauf paiement du salaire dû). Après période d’essai : paiement du solde de tout compte (salaire, congés payés). En cas de licenciement pour inaptitude : indemnité spéciale de licenciement. En cas de licenciement pour faute grave validé : aucune indemnité, mais risque juridique fort si requalifié par les Prud’hommes.
Trois étapes : 1) envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec AR exigeant son retour ou des explications. 2) Si pas de réponse sous 8 jours, engager une procédure de licenciement pour faute grave (absences injustifiées et répétées). 3) Notifier le CFA et l’OPCO. Toujours documenter par écrit chaque étape.
Non, le CFA n’a pas de pouvoir d’opposition. Il doit être informé de la rupture mais ne peut pas la bloquer. En revanche, il joue un rôle d’accompagnement de l’apprenti après la rupture pour l’aider à trouver un nouvel employeur dans les 6 mois.
Légalement oui pour la période d’essai et la rupture d’un commun accord. Pour le licenciement pour faute grave, c’est plus délicat : la procédure peut être engagée mais les délais (entretien préalable, notification) doivent respecter la disponibilité de l’apprenti. En cas d’arrêt maladie pour accident du travail, la protection est renforcée.
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