Tutorat : la relation tuteur-manager, qui fait quoi ?

Peut-on choisir un manager pour être tuteur ? Ou doit-on l’éviter ? Quelle est la place du manager dans le tutorat ? S’agit-il de deux rôles différents, complémentaires, ou parfois confondus ? Comment s’articule la relation entre ces deux fonctions ? Où commence et où s’arrête la responsabilité de chacun ?

Ces questions reviennent en permanence chez les tuteurs débutants — et chez les managers qui prennent un alternant dans leur équipe. La réponse n’est jamais binaire : tout dépend de la taille de l’organisation, de la disponibilité du manager, et du dispositif tutoral mis en place. Cet article éclaire ces zones de chevauchement, en complément de notre vue d’ensemble du tutorat et de notre article sur le rôle du tuteur en entreprise.

La relation tutorale est triangulaire

Avant tout, rappelons un point fondamental : la relation tutorale n’est pas une affaire à deux. Elle implique trois rôles, trois postures, trois responsabilités :

  • Le tuteur transmet le métier et accompagne l’alternant au quotidien
  • Le manager pilote l’équipe et fixe les objectifs opérationnels
  • Le tutoré apprend, expérimente, monte en compétence

Chacun étant à équidistance des deux autres. Pour comprendre la dynamique relationnelle entre le tuteur et le tutoré, consultez notre article dédié sur la posture tuteur-tutoré au quotidien. Voyons maintenant comment s’articulent les activités du tuteur et du manager.

Le manager, responsable de l’équipe et décideur de l’intégration

Le manager occupe une place maîtresse dans le dispositif. Responsable de l’équipe, c’est lui qui :

  • Décide d’intégrer un alternant (même si la décision peut parfois être imposée par les RH)
  • Choisit le tuteur dans son équipe — sauf s’il décide d’occuper lui-même cette fonction
  • Gère le quotidien RH de proximité : absences, congés, planning, horaires de travail (y compris la partie école)
  • Pilote la performance de l’équipe et l’articulation des missions

Dans certaines structures, le manager assure aussi la liaison avec l’école — mais comme on va le voir, cette mission est en général mieux portée par le tuteur lui-même.

Le tuteur, le mieux placé pour la pédagogie et la liaison école

Le tuteur, lui, occupe le terrain pédagogique. Sa mission est plus proche de celle d’un formateur en situation de travail. Concrètement, il est mieux placé que le manager pour :

  • Connaître les besoins spécifiques de l’alternant au regard du programme pédagogique
  • Faire le lien entre les deux référentiels (école et entreprise)
  • Suivre la fiche de poste et adapter les missions au calendrier de l’alternance
  • Assurer la liaison avec le CFA ou l’école (visites, réunions, soutenance)
  • Transmettre le savoir-être au travail (codes culturels, comportements attendus, règles non écrites)

Pour aller plus loin sur la dimension école, consultez notre article sur la relation avec le CFA.

Tableau récapitulatif : qui fait quoi ?

Pour clarifier les responsabilités respectives, voici une cartographie des principales activités.

ActivitéTuteurManagerCo-construit
Décision d’intégrer un alternant
Choix du profil et recrutement
Choix du tuteur (sauf si manager-tuteur)
Définition des missions opérationnelles
Définition de la progression pédagogique
Accueil et intégration(avec le manager pour la présentation à l’équipe)
Transmission des compétences techniques
Évaluation pédagogique
Évaluation managériale (entretien annuel)
Liaison avec l’école / CFA
Recadrage comportemental ponctuel
Avertissement formel ou sanction
Gestion des absences et congés
Suivi quotidien et hebdomadaire
Bilan de fin de parcours✅ (entretien à 3)

Cette répartition est indicative — elle peut varier selon la taille de l’entreprise et la configuration choisie.

Cas particulier : le manager-tuteur

Il n’est pas rare que certains managers soient aussi tuteurs. C’est même fréquent dans les TPE et PME. On peut d’ailleurs assimiler le tutorat à du management de proximité. Le chef d’équipe considère alors le nouvel arrivant comme un membre de son équipe à part entière, et le « manage » comme les autres collaborateurs — tout en assurant la transmission pédagogique.

Avantages du manager-tuteur

  • Une seule personne référente pour l’alternant, pas de risque de message contradictoire
  • Vision complète des missions opérationnelles et pédagogiques
  • Articulation simplifiée entre objectifs d’équipe et progression de l’alternant
  • Idéal dans les petites structures où la double casquette est naturelle

Inconvénients à anticiper

  • Confusion possible des postures lors de l’évaluation (être bienveillant en tutorat tout en exigeant en management)
  • Charge de travail doublée pour le manager
  • Risque de privilégier l’opérationnel au détriment de la pédagogie quand le rythme s’accélère
  • Difficulté à recadrer formellement quand on est aussi le coach

La solution intermédiaire : le tutorat partagé

Pour éviter ces écueils, beaucoup d’entreprises optent pour un tutorat partagé — qui permet de garder la cohérence tout en distinguant les rôles :

  • Le manager reste tuteur de référence (pilote l’accompagnement, gère la relation à l’école, assume les décisions)
  • Un ou plusieurs tuteurs de compétences dans l’équipe prennent en charge la transmission technique sur des thématiques précises

Cette répartition fonctionne bien dans les équipes de taille moyenne, et permet à plusieurs collaborateurs de développer leurs compétences pédagogiques.

Le recadrage comportemental : qui intervient et quand ?

C’est l’une des zones les plus délicates de l’articulation tuteur-manager. Quand un alternant arrive en retard, ne respecte pas une consigne ou adopte un comportement inadapté, qui doit intervenir ?

Le tuteur intervient en première ligne

Le tuteur est tout à fait légitime pour conseiller son alternant sur les aspects comportementaux. Il peut :

  • Signaler un retard, une absence injustifiée, un comportement inadapté
  • Expliquer la règle, le sens, les conséquences
  • Recadrer dans un cadre bienveillant et pédagogique
  • Faire répéter la règle si nécessaire

L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de transmettre : un alternant comprend rarement spontanément les codes professionnels, surtout en début de parcours.

Le manager intervient en cas de récurrence ou de gravité

Quand le comportement est récurrent malgré le recadrage du tuteur, ou quand un avertissement formel est nécessaire, c’est le manager qui prend le relais. Il peut alors :

  • Convoquer l’alternant à un entretien
  • Délivrer un avertissement écrit
  • Le cas échéant, engager une procédure disciplinaire

Une réunion à trois (alternant, tuteur, manager) peut aussi être organisée pour aborder la situation collectivement et rétablir le cadre. Pour les situations plus graves qui pourraient mener à une rupture, consultez notre article sur la gestion des conflits entre apprenti et employeur.

Comment formaliser la relation tuteur-manager ?

La relation tuteur-manager est au cœur du dispositif tutoral. Elle se construit sur mesure et très en amont. Elle peut prendre des formes très différentes d’un manager à un autre, et elle peut évoluer tout au long du parcours de l’alternant.

Pour la sécuriser, plusieurs outils sont à disposition.

La lettre de mission tuteur

Document interne signé par l’employeur, le tuteur et le manager direct. Il précise :

  • Le rôle exact du tuteur
  • Le temps alloué à la mission tutorale (en heures par semaine)
  • Les objectifs pédagogiques à atteindre
  • Les modalités d’évaluation
  • Les points de coordination avec le manager

Le contrat-mission entre tuteur et manager

Plus rare mais très efficace : un contrat-mission spécifique qui formalise les engagements respectifs du tuteur et du manager pendant la durée du contrat de l’alternant. Il évite 80 % des malentendus en cours de parcours.

Les points d’étape réguliers

Un point hebdomadaire de 15-20 minutes entre tuteur et manager suffit souvent à fluidifier la relation : remontée d’informations, ajustement des missions, anticipation des difficultés. Ces rituels structurent la coordination et préviennent les frictions.

Pour développer ces compétences de coordination, vous pouvez vous appuyer sur notre formation tuteur certifiante RS5515, qui couvre largement la dimension de gestion de la relation tuteur-manager-tutoré.

Préparer l’arrivée de l’alternant : un travail à six mains

Tuteur, manager et RH doivent travailler ensemble en amont de l’arrivée de l’alternant. Cette préparation conjointe conditionne fortement la qualité de l’accueil et de l’intégration. Elle inclut :

  • La définition conjointe du profil recherché
  • Le calendrier d’intégration
  • La répartition des rôles entre les acteurs internes
  • La préparation matérielle (poste, accès, outils)
  • L’information et la mobilisation de l’équipe

Pour structurer concrètement cette phase, consultez notre guide sur comment réussir l’accueil et l’intégration d’un alternant.

FAQ : la relation tuteur-manager en pratique

Un manager peut-il être tuteur de son propre subordonné ?

Oui, c’est même fréquent dans les petites structures et les équipes restreintes. Cela demande toutefois de bien distinguer les deux postures pour éviter les confusions, notamment lors de l’évaluation. La double casquette est plus exigeante mais permet une cohérence totale dans l’accompagnement.

Faut-il toujours désigner un tuteur différent du manager direct ?

Pas systématiquement. Tout dépend de la taille de l’équipe, de la disponibilité du manager et du dispositif souhaité. Dans les organisations plus grandes, il est souvent préférable de séparer les deux rôles pour répartir la charge et éviter les zones de confusion.

Que faire si le manager n’est pas convaincu par le tutorat et freine la mission ?

C’est un frein classique. Trois leviers possibles : 1) sensibiliser le manager à la valeur stratégique du tutorat (montée en compétence collective, fidélisation, image), 2) impliquer les RH pour faire reconnaître formellement le temps tutoral, 3) en dernier recours, désigner un autre tuteur dans l’équipe ou ailleurs. Un manager qui freine durablement nuit à toute l’opération.

Qui prend la décision finale sur les missions confiées à l’alternant : tuteur ou manager ?

La décision finale revient au manager, qui est responsable des objectifs opérationnels de l’équipe. Mais le tuteur doit être consulté pour s’assurer que les missions sont compatibles avec le programme pédagogique et la progression de l’alternant. Idéalement, les deux co-construisent le plan de mission au démarrage.

Comment gérer un désaccord entre tuteur et manager sur un alternant ?

D’abord, en parler directement entre eux, sans l’alternant. Si le désaccord persiste, impliquer les RH ou le N+2. L’objectif est de présenter un message cohérent à l’alternant — un alternant pris entre deux discours contradictoires perd ses repères.

Le manager doit-il participer aux visites de l’école ?

Pas systématiquement, mais sa présence peut être utile lors des moments-clés : visite annuelle du tuteur pédagogique, soutenance, bilan de fin de parcours. Elle envoie aussi un message fort à l’alternant : son apprentissage est pris au sérieux par toute la chaîne hiérarchique.

Pour aller plus loin

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