


Peut-on choisir un manager pour être tuteur ? Ou doit-on l’éviter ? Quelle est la place du manager dans le tutorat ? S’agit-il de deux rôles différents, complémentaires, ou parfois confondus ? Comment s’articule la relation entre ces deux fonctions ? Où commence et où s’arrête la responsabilité de chacun ?
Ces questions reviennent en permanence chez les tuteurs débutants — et chez les managers qui prennent un alternant dans leur équipe. La réponse n’est jamais binaire : tout dépend de la taille de l’organisation, de la disponibilité du manager, et du dispositif tutoral mis en place. Cet article éclaire ces zones de chevauchement, en complément de notre vue d’ensemble du tutorat et de notre article sur le rôle du tuteur en entreprise.
Avant tout, rappelons un point fondamental : la relation tutorale n’est pas une affaire à deux. Elle implique trois rôles, trois postures, trois responsabilités :
Chacun étant à équidistance des deux autres. Pour comprendre la dynamique relationnelle entre le tuteur et le tutoré, consultez notre article dédié sur la posture tuteur-tutoré au quotidien. Voyons maintenant comment s’articulent les activités du tuteur et du manager.
Le manager occupe une place maîtresse dans le dispositif. Responsable de l’équipe, c’est lui qui :
Dans certaines structures, le manager assure aussi la liaison avec l’école — mais comme on va le voir, cette mission est en général mieux portée par le tuteur lui-même.
Le tuteur, lui, occupe le terrain pédagogique. Sa mission est plus proche de celle d’un formateur en situation de travail. Concrètement, il est mieux placé que le manager pour :
Pour aller plus loin sur la dimension école, consultez notre article sur la relation avec le CFA.
Pour clarifier les responsabilités respectives, voici une cartographie des principales activités.
| Activité | Tuteur | Manager | Co-construit |
|---|---|---|---|
| Décision d’intégrer un alternant | ✅ | ||
| Choix du profil et recrutement | ✅ | ||
| Choix du tuteur (sauf si manager-tuteur) | ✅ | ||
| Définition des missions opérationnelles | ✅ | ||
| Définition de la progression pédagogique | ✅ | ||
| Accueil et intégration | ✅ | (avec le manager pour la présentation à l’équipe) | |
| Transmission des compétences techniques | ✅ | ||
| Évaluation pédagogique | ✅ | ||
| Évaluation managériale (entretien annuel) | ✅ | ||
| Liaison avec l’école / CFA | ✅ | ||
| Recadrage comportemental ponctuel | ✅ | ||
| Avertissement formel ou sanction | ✅ | ||
| Gestion des absences et congés | ✅ | ||
| Suivi quotidien et hebdomadaire | ✅ | ||
| Bilan de fin de parcours | ✅ (entretien à 3) |
Cette répartition est indicative — elle peut varier selon la taille de l’entreprise et la configuration choisie.
Il n’est pas rare que certains managers soient aussi tuteurs. C’est même fréquent dans les TPE et PME. On peut d’ailleurs assimiler le tutorat à du management de proximité. Le chef d’équipe considère alors le nouvel arrivant comme un membre de son équipe à part entière, et le « manage » comme les autres collaborateurs — tout en assurant la transmission pédagogique.
Pour éviter ces écueils, beaucoup d’entreprises optent pour un tutorat partagé — qui permet de garder la cohérence tout en distinguant les rôles :
Cette répartition fonctionne bien dans les équipes de taille moyenne, et permet à plusieurs collaborateurs de développer leurs compétences pédagogiques.
C’est l’une des zones les plus délicates de l’articulation tuteur-manager. Quand un alternant arrive en retard, ne respecte pas une consigne ou adopte un comportement inadapté, qui doit intervenir ?
Le tuteur est tout à fait légitime pour conseiller son alternant sur les aspects comportementaux. Il peut :
L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de transmettre : un alternant comprend rarement spontanément les codes professionnels, surtout en début de parcours.
Quand le comportement est récurrent malgré le recadrage du tuteur, ou quand un avertissement formel est nécessaire, c’est le manager qui prend le relais. Il peut alors :
Une réunion à trois (alternant, tuteur, manager) peut aussi être organisée pour aborder la situation collectivement et rétablir le cadre. Pour les situations plus graves qui pourraient mener à une rupture, consultez notre article sur la gestion des conflits entre apprenti et employeur.
La relation tuteur-manager est au cœur du dispositif tutoral. Elle se construit sur mesure et très en amont. Elle peut prendre des formes très différentes d’un manager à un autre, et elle peut évoluer tout au long du parcours de l’alternant.
Pour la sécuriser, plusieurs outils sont à disposition.
Document interne signé par l’employeur, le tuteur et le manager direct. Il précise :
Plus rare mais très efficace : un contrat-mission spécifique qui formalise les engagements respectifs du tuteur et du manager pendant la durée du contrat de l’alternant. Il évite 80 % des malentendus en cours de parcours.
Un point hebdomadaire de 15-20 minutes entre tuteur et manager suffit souvent à fluidifier la relation : remontée d’informations, ajustement des missions, anticipation des difficultés. Ces rituels structurent la coordination et préviennent les frictions.
Pour développer ces compétences de coordination, vous pouvez vous appuyer sur notre formation tuteur certifiante RS5515, qui couvre largement la dimension de gestion de la relation tuteur-manager-tutoré.
Tuteur, manager et RH doivent travailler ensemble en amont de l’arrivée de l’alternant. Cette préparation conjointe conditionne fortement la qualité de l’accueil et de l’intégration. Elle inclut :
Pour structurer concrètement cette phase, consultez notre guide sur comment réussir l’accueil et l’intégration d’un alternant.
Oui, c’est même fréquent dans les petites structures et les équipes restreintes. Cela demande toutefois de bien distinguer les deux postures pour éviter les confusions, notamment lors de l’évaluation. La double casquette est plus exigeante mais permet une cohérence totale dans l’accompagnement.
Pas systématiquement. Tout dépend de la taille de l’équipe, de la disponibilité du manager et du dispositif souhaité. Dans les organisations plus grandes, il est souvent préférable de séparer les deux rôles pour répartir la charge et éviter les zones de confusion.
C’est un frein classique. Trois leviers possibles : 1) sensibiliser le manager à la valeur stratégique du tutorat (montée en compétence collective, fidélisation, image), 2) impliquer les RH pour faire reconnaître formellement le temps tutoral, 3) en dernier recours, désigner un autre tuteur dans l’équipe ou ailleurs. Un manager qui freine durablement nuit à toute l’opération.
La décision finale revient au manager, qui est responsable des objectifs opérationnels de l’équipe. Mais le tuteur doit être consulté pour s’assurer que les missions sont compatibles avec le programme pédagogique et la progression de l’alternant. Idéalement, les deux co-construisent le plan de mission au démarrage.
D’abord, en parler directement entre eux, sans l’alternant. Si le désaccord persiste, impliquer les RH ou le N+2. L’objectif est de présenter un message cohérent à l’alternant — un alternant pris entre deux discours contradictoires perd ses repères.
Pas systématiquement, mais sa présence peut être utile lors des moments-clés : visite annuelle du tuteur pédagogique, soutenance, bilan de fin de parcours. Elle envoie aussi un message fort à l’alternant : son apprentissage est pris au sérieux par toute la chaîne hiérarchique.
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